La famille Beckham, un mauvais exemple pour les Britanniques?

DEMOGRAPHIE La naissance de leur quatrième enfant relance la polémique sur la natalité et son poids pour la planète...

Audrey Chauvet

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La naissance de Harper Seven, la première fille de David et Victoria Beckham, n’a pas été un heureux événement pour tout le monde. En Grande-Bretagne, certains écologistes, au premier rang desquels la députée verte Caroline Lucas, ont sauté sur cette nouvelle pour relancer le débat sur la limitation de la natalité pour soulager la planète. «Nous avons besoin d’un débat public sur la démographie, qu’il s’agisse d’améliorer le contrôle de la natalité ou de réduire les inégalités, et revoir notre manière de faire face à la raréfaction des ressources naturelles», a déclaré la députée, citée par The Guardian.

«Un ou deux enfants ça va, mais trois ou quatre c’est de l’égoïsme»

Le sujet n’est pas nouveau en Grande-Bretagne où des associations telles que Optimum Population Trust demandent au gouvernement de s’attaquer au taux élevé de grossesses non désirées et de ne pas donner d’allocations familiales supplémentaires après le deuxième enfant. «Cela donnerait un signal clair de la part du gouvernement en faveur des familles "durables", explique Simon Ross, directeur de l’association. Un ou deux enfants ça va, mais trois ou quatre c’est de l’égoïsme.»

Les Beckham ne sont pas les seuls people à être montrés du doigt: le maire de Londres, Boris Johnson, pourtant surnommé «Green Boris» pour ses nombreuses initiatives écolos dans la capitale, a été vivement critiqué à cause de sa famille nombreuse. «Ce sont de mauvais exemples, accuse Simon Ross. Pas la peine d’essayer de réduire ses émissions de carbone pour ensuite les augmenter de 100% en ayant un enfant supplémentaire». Selon lui, le taux de natalité de l’Angleterre la mènera dans 15 ans à une surpopulation d’environ 10 millions de personnes.

Malthusianisme et politique chinoise de l’enfant unique font peur

Le problème de la population dépasse les frontières de l’Angleterre: à l’échelle mondiale, les bientôt sept milliards d’êtres humains pèsent lourd sur des ressources toujours plus rares. Mais les thèses malthusiennes ne sont  pas populaires, comme a pu en témoigner le député écologiste français Yves Cochet après ses déclarations en 2009 sur «la grève du troisième ventre» qui lui ont valu une belle volée de bois vert.

La natalité semble être un sujet tabou dans de nombreux pays développés, qui regardent d’un œil critique la politique de l’enfant unique en Chine ou les incitations financières à se faire stériliser en Inde.   Pour Caroline Lucas, le problème est très différent entre pays riches et pays en développement, mais il ne faut pas avoir peur d’aborder le sujet car il est «fondamental» au bien-être de la population: «La leçon à tirer de la Chine est que limiter les naissances en restreignant la liberté individuelle est dangereux et peut avoir un coût humain énorme. Les politiques qui se concentrent sur l’accès aux méthodes de contraception, à la réduction de la pauvreté et à la lutte contre la dégradation de l’environnement doivent être notre priorité.»

Population et ressources: sur quelle variable agir?

Aux Etats-Unis, un mouvement de femmes, surnommées «ginks», revendique le choix de ne pas avoir d’enfants pour le bien-être de la planète. Mais dans l’équation population/ressources, elles oublient qu’on peut aussi agir sur la deuxième variable: si chacun consommait un peu moins, la planète pourrait supporter de nouveaux bébés comme le montrent les résultats d’une étude publiée dans le journal Environment and Urbanization. Les régions du monde où la population a augmenté le plus rapidement depuis trente ans sont celles où les émissions de CO2 se sont élevées le plus lentement, et inversement. Alors que l’Amérique du Nord n’a représenté que 4% des naissances mondiales de 1980 à 2005, elle a été à l’origine de 14% des émissions supplémentaires de CO2: la faute aux bébés ou aux iPhone, télés à écran plat, grosses voitures et climatisateurs?