Japon: les centrales nucléaires soumises à des tests de résistance

NUCLEAIRE Cet été, les réacteurs japonais vont être arrêtés pour des tests, ce qui risque de provoquer des pénuries d'électricité...

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Des employés de Tepco travaillent dans la centrale nucléaire de Fukushima, au Japon, le 23 mars 2011.
Des employés de Tepco travaillent dans la centrale nucléaire de Fukushima, au Japon, le 23 mars 2011. — NEWSCOM/SIPA

La plupart des réacteurs du Japon vont rester à l'arrêt au moins tout l'été après la décision du gouvernement de mener des tests de résistance sur ses centrales nucléaires, au risque d'aggraver les tensions sur le réseau électrique. Quatre mois après l'accident de Fukushima provoqué par un tsunami, cette annonce n'a été accompagnée d'aucun détail, ni calendrier, mais s'inspire d'une décision similaire de l'Union européenne qui a initié, en mai, un vaste contrôle de ses 143 réacteurs en activité. L'objectif est de vérifier la capacité des centrales à supporter une catastrophe naturelle, un accident comme la chute d'un avion, une attaque terroriste ou une combinaison de ces événements.

«Les tests européens prendront au moins deux ou trois mois et le rapport final n'est pas attendu avant cinq à sept mois», rappelle Hiroyuki Sakaida, dans un rapport de la banque Goldman Sachs. Au vu de ce modèle, «les compagnies d'électricité japonaises ne pourront sans doute pas relancer leurs centrales avant la fin de ces contrôles ni compter sur l'énergie nucléaire lors du pic de consommation estival», dû à l'utilisation des climatiseurs, prévient-il.

Les milieux d’affaires s’inquiètent

L'accident du 11 mars à la centrale Fukushima Daiichi, située à 220 km au nord-est de la capitale, n'a pas seulement privé de ses six tranches son exploitant, Tokyo Electric Power. Nombre de réacteurs d'autres compagnies d'électricité, interrompus pour maintenance, n'ont pu redémarrer depuis à cause de l'inquiétude des riverains. De l'île méridionale de Kyushu aux confins septentrionaux du Hokkaido, le Japon compte 54 réacteurs, mais seuls 19 sont en activité aujourd'hui, alors que l'énergie nucléaire représentait près de 30% de l'électricité produite dans le pays avant le 11 mars.

En prévision des chaleurs à venir, certaines compagnies ont renforcé leur capacité d'origine thermique, via l'importation massive de gaz, de charbon ou de pétrole, et le gouvernement a ordonné ou conseillé, selon les régions, aux entreprises de réduire leur consommation pour éviter toute coupure de courant. Mais plusieurs compagnies d'électricité, notamment dans la région industrielle du Kansai (centre-ouest) et à Kyushu, espéraient relancer au moins quelques tranches avant le mois d'août. Elles ont lourdement chuté jeudi à la Bourse de Tokyo: Kansai Electric Power a plongé de 8,39% à 1.452 yens et Kyushu Electric Power de 7,53% à 1.349 yens. «Si les choses continuent comme ça, les 54 réacteurs seront tous arrêtés d'ici un an, aggravant la pénurie de courant et affectant toute l'économie», s'est alarmé le quotidien des milieux d'affaires Nikkei.

Pour Naoto Kan, l’Agence de sécurité nucléaire a perdu sa crédibilité

Une première série de contrôles sous l'égide de l'Agence de sécurité nucléaire (Nisa), dépendante du ministère de l'Industrie, a été conduite après le 11 mars, à l'issue desquels le parc nucléaire a été déclaré bon pour le service, à l'exception de trois réacteurs du centre de l'archipel. Mais le Premier ministre de centre-gauche, Naoto Kan, a souligné jeudi au Parlement que la Nisa avait «échoué à prévenir le désastre» de Fukushima et perdu sa crédibilité, ce qui justifie, selon lui, un nouveau cadre de contrôle permettant de recueillir «l'assentiment du public».

En plein débat post-Fukushima sur la place du nucléaire, le chef du gouvernement estime qu'il faut augmenter la part des énergies renouvelables pour réduire la dépendance du Japon à l'atome, et prépare une loi en ce sens. Mais déjà affaibli par sa gestion critiquée du tsunami et de l'accident nucléaire, Naoto Kan est désormais accusé d'avoir semé la confusion en contredisant son ministre de l'Economie, lequel avait assuré aux autorités de Genkai (île de Kyushu) que la centrale de leur ville était sûre. «Je suis très en colère depuis l'annonce des tests de résistance», a confié Hideo Kishimoto, le maire de Genkai, qui venait lundi de donner son feu vert au redémarrage de deux réacteurs et a dû faire volte-face.