Centrale nucléaire de Fessenheim: Le réacteur numéro 1 prolongé de dix ans

NUCLÉAIRE 'Autorité de sûreté nucléaire a jugé les résultats de l'examen décennal satisfaisants mais demande deux améliorations majeures de sûreté à EDF...

Audrey Chauvet

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Le site de Fessenheim, la doyenne des centrales nucléaires françaises.
Le site de Fessenheim, la doyenne des centrales nucléaires françaises. — G. Varela / 20 Minutes

Elle n'est pas prête de partir à la retraite. Dix années de plus pour la plus vieille centrale nucléaire française: lundi matin, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) s’est prononcée en faveur d’une poursuite de l’exploitation du réacteur n°1 de Fessenheim, en fonctionnement depuis 1978. Cet avis fait suite au réexamen de sûreté mené tous les dix ans par l’ASN sur l’ensemble du parc nucléaire français. L’ASN a jugé que le réacteur n°1 était apte à être exploité pendant dix années supplémentaires à condition de renforcer le radier du réacteur avant le 30 juin 2013 et d’installer, au plus tard le 31 décembre 2012, des dispositifs de secours permettant d’évacuer la «puissance résiduelle», c’est-à-dire la radioactivité émise par un réacteur à l’arrêt, en cas de perte de la source de refroidissement.

Un mètre de béton rajouté sous la cuve contenant le cœur du réacteur

Ces deux améliorations de sûreté devront impérativement être réalisées par EDF, qui est libre de fixer le calendrier et les modalités d’intervention sur la centrale de Fessenheim. Concernant la cuve contenant le cœur du réacteur, EDF devra renforcer les dispositifs pour détecter un percement et surtout renforcer le radier, c’est-à-dire la dalle de béton situé en dessous: il n’est épais que de 1,5 m à Fessenheim, contre 2,5 à 3m dans les autres centrales françaises. Si le cœur du réacteur fond et perce la cuve, le radier est le dernier rempart contre le passage du corium dans le sol. En pratique, EDF devra couler au moins un mètre de béton sous la cuve, ce qui n’a encore jamais été fait sur un réacteur en fonctionnement.

Une décision suspendue aux conclusions de l’examen complémentaire de sûreté

Cette décision de l’ASN est toutefois suspendue aux conclusions de l’examen complémentaire de sûreté (ECS), débuté en mai à la demande du Premier ministre et du Conseil européen au lendemain de la catastrophe de Fukushima. Cet examen sera différent de la réévaluation décennale car il prendra en compte des aléas «hors dimensionnement», c’est-à-dire non envisagés aujourd’hui. «Dans l’examen décennal, on impose un niveau de séisme ou d’inondation et EDF doit dimensionner son installation pour y résister, explique Jean-Christophe Niel, directeur général de l’ASN. Dans le cas des ECS, on prend en compte un niveau d’accident de plus en plus important et on teste le comportement de la centrale: à quelle vitesse les effets «falaise», ou effets de seuil,  vont apparaître?»

Concernant le risque terroriste, écarté des audits menés au niveau européen, le président de l’ASN André-Claude Lacoste estime que «les examens vont amener à considérer des états graves de l’installation qui peuvent être le résultat d’attaques terroristes».

La centrale de Tricastin déjà prolongée au-delà de trente ans

Le gouvernement n’est pas censé prendre position sur les décisions de l’ASN, mais pour Eric Besson, ministre chargé de l’Energie, «les prescriptions de cette troisième visite décennale témoignent de l’amélioration permanente en matière de sûreté, et du fait que la France est engagée de longue date pour la prévention des accidents graves et de leurs conséquences.»

En Europe, plusieurs réacteurs ont dépassé les 40 ans, rappellent les représentants de l’ASN.  La seule décision de prolonger le fonctionnement d’un réacteur au-delà de 30 ans concernait la centrale du Tricastin équipée, comme Fessenheim, d’un réacteur de 900 MW. La visite décennale du deuxième réacteur de Fessenheim a commencé en avril 2011 et devrait s’achever fin 2012.