Kourou protège la biodiversité guyanaise

BIODIVERSITE Quantité d'espèces vivent dans la zone fermée à l'accès autour du Centre spatial...

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Vue aérienne du pas de tir de la fusée Ariane, à Kourou en Guyane.
Vue aérienne du pas de tir de la fusée Ariane, à Kourou en Guyane. — MEIGNEUX/SIPA

La conquête de l’espace profite aux forêts guyanaises. Les 700 km2 de savanes, forêts et marais du Centre spatial guyanais (CSG), à l'accès sévèrement contrôlé, se sont transformés au fils des années en une formidable réserve de biodiversité avec un florilège d'espèces protégées. «On y observe des espèces qu'on ne trouve plus ailleurs en Guyane», souligne Sabrina Sainte-Marie, ingénieur environnement au Centre spatial en guidant un groupe de journalistes sur le «sentier découverte» aménagé dans les matitis, la savane sèche, à quelques centaines de mètres du pas de tir d'Ariane 5, dont le prochain lancement devait avoir lieu vendredi.

Une variété d'orchidée extrêmement rare à moins d'un kilomètre du pas de tir

Tapirs, biches mazama, tatous, ces mammifères à carapace, cabiais (plus grand rongeur du monde, 1,35 m pour 70 kg) et autres grands tamanoirs et petits jaguars y vivent des jours heureux, à peine dérangés par les lancements des fusées depuis une trentaine d'années. L'ensemble du CSG est soumis à la réglementation des installations classées pour la protection de l'environnement (ICPE) et le port d'armes est strictement interdit sur l'ensemble du site, placé sous très haute surveillance. En bordure de la savane, des capucins se balancent dans les grands arbres. Ils comptent parmi la demi-douzaine d'espèces de primates qui ont élu domicile dans cette zone, où ils échappent à coup sûr aux chasseurs.

Ailleurs dans la forêt guyanaise, tous ces animaux constituent un gibier de prédilection, en particulier pour les populations amérindiennes, habituées à chasser pour se nourrir. Entourées de bananiers, à l'ombre de palmiers bâches, deux lianes de vanille s'enroulent autour d'un tronc, un retour surprise en Guyane pour cette épice qu'on croyait disparue, selon Sabrina Sainte-Marie. «On a aussi découvert une variété d'orchidée extrêmement rare et à moins d'un kilomètre du pas de tir de la fusée Soyouz (1er lancement prévu le 20 octobre) une jolie petite fleur mauve, la stachytarpheta angustifolia, qui figure sur la liste internationale des fleurs protégées», ajoute l'experte.

Le petit jaguar noir se sent bien dans la réserve

Sur l'écorce d'un arbre, à environ 1,20 m de hauteur des traces de griffes de fauve. «On pense que ce sont celles du petit jaguar noir, une espèce qui se sent bien dans la réserve», précise l'ingénieur. «Nous faisons office de refuge pour les animaux, certains canards sauvages ne vivent que sur les rivières du Centre spatial», note Vince Veilleur, chef du service Environnement du CSG. L'an dernier, rappelle-t-il, son service a même contribué à la réintroduction de moutons paresseux sur le site où ils se reproduisent maintenant à l'abri des braconniers.

Le bureau d'étude indépendant Ecobios, opérant depuis une vingtaine d'années sur la base, a répertorié plus de 450 espèces d'oiseaux. Parmi elles quelque 2.000 couples d'ibis rouges, espèce protégée car menacée d'extinction après avoir été victime d'une chasse intensive par les collectionneurs de belles plumes. L'expérience guyanaise rappelle celle de la zone démilitarisée entre les deux Corées: sur cette bande de 4 km de large et 250 km de long vivent en toute quiétude ours noirs, léopards, cerfs musqués et gorals d'Amour, ainsi que des centaines de familles d'oiseaux migrateurs classées en voie de disparition ailleurs en Asie.