Le lin, une plante écolo?

TEXTILE Il n'irrite pas, favorise le sommeil, limite la transpiration, pollue peu... Les avantages supposés du lin sont nombreux, mais qu'en est-il vraiment? Direction le Nord de la France, à proximité de la frontière belge, où pousse cette fibre naturelle...

Delphine Rabasté

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Des plants de lin, près de Caen.
Des plants de lin, près de Caen. — AFP PHOTO MYCHELE DANIAU

Tout commence dans les champs

Le lin est une plante annuelle qui croît rapidement: le semis est effectué en mars-avril et la floraison commence en juin. A cette période, qui dure près d’une semaine, les fleurs donnent aux champs une belle couleur bleue-violette. Un mois plus tard, en juillet, l’arrachage commence. L’arrachage? Oui, on ne coupe pas les tiges de lin mais on les arrache, pour conserver la longueur et la qualité des fibres.

Une fois arrachées, les plantes restent dans les champs pendant 3 à 7 semaines pour le rouissage. Cette opération consiste à détacher du bois les filaments et à les séparer les uns des autres par l’action de la rosée, la pluie, du vent et du soleil. Pour pousser, la plante n’a besoin que de très peu d’irrigation (le lin use de 6,4 litres d’eau, contre 26 litres pour le coton) et d’une faible fertilisation (en moyenne 5 fois moins d’engrais et pesticides que le coton). Le petit plus : entre chaque culture de lin, la terre doit se reposer entre 6 à 7 ans, ce qui évite un épuisement des sols.

Alors, écolo? Dans les champs, le lin adopte l’écolo-attitude: pousse locale, rapide et plante peu gourmande en énergie. Rien à en redire.

De la plante au tissu

Une fois la plante arrachée, elle part au teillage, une étape qui sépare mécaniquement les fibres textiles des parties ligneuses. Il permet donc d’extraire les anas (petits fragments utilisés  pour des panneaux agglomérés, des combustibles ou des litières pour animaux), les étoupes (fibres courtes qui servent pour des tissus plus grossiers), les graines (pour l’huile, la peinture, ou l’alimentation) et les fibres longues pour le linge de maison, l’habillement ou l’ameublement. Au final rien ne se perd! Viennent ensuite la filature, pour former un cylindre de fil, le tissage, la teinture et les traitements spéciaux (notamment pour rendre les tissus plus doux ou moins froissables).

Alors, écolo? Oui et non. Ces étapes techniques sollicitent non seulement le fonctionnement intense de machines, mais aussi des ressources énergétiques. Si l’entreprise belge Libeco-Lagae gère tout dans ses propres locaux, d’autres envoient les ballots à traiter jusqu’en Chine. Sans oublier que le nettoyage et la teinture du lin sont fortement consommateurs d’eau. Il faut toutefois rappeler que le lin ne produit aucun déchet puisque toutes les parties de la plante sont utilisées. Un vrai plus.

Et le lin bio, dans tout ça?

En culture, en France, la filière biologique est peu développée car les conditions de semis influencent fortement sur le résultat. Si la gestion des mauvaises herbes devient difficile, les fibres pourront être de moins bonne qualité. Parallèlement, la demande est faible: elle représente 0,5% des cultures actuelles (500 ha sur les 92 400 exploités en Europe). Certains essais sont toutefois pratiqués en Normandie.

Côté production, les choses bougent un peu plus: le lin se tourne vers l’éco-finissage. Les labels Gots et Oekotex, qui bannissent les substances nocives, sont privilégiés. Chez Libeco-Lagae, 40 % des ventes sont ainsi réalisées à partir de tissus naturels sans résidu chimique et pouvant porter le label Eco Linen. Les agents de blanchiment sont à base d’oxygène (et non de chlorite), l’eau et l’énergie sont recyclées et optimisées, et les colorants exclus les colorants azoïques -cancérogènes-.

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