Avec la sécheresse, le lait de chamelle fait des adeptes au Kenya

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Des jeunes gens en haillons traient au point du jour plusieurs dizaines de chamelles dans un enclos d'épineux: le lait approvisionnera Nairobi, à quatre heures de route, et peut-être demain de nouveaux marchés, en Afrique voire au-delà.

Les sécheresses à répétition des dernières années au Kenya ont relancé l'intérêt pour le chameau et sa résistance aux climats extrêmes.

"Les chameaux sont mieux que les vaches car ils peuvent survivre aux sécheresses, contrairement aux vaches, et je peux ainsi continuer à gagner de l'argent pendant la saison sèche", explique Halima Hussein, tout en gardant un oeil sourcilleux sur la traite des camélidés.

Mme Hussein, 45 ans, possède avec son mari 84 chamelles et chameaux et 120 vaches, un patrimoine considérable dans cette région d'Isiolo (centre du Kenya), aux portes du nord semi-aride du pays.

"Je vais vendre une partie de mes vaches pour acheter plus de chameaux", poursuit-elle.

Le lait de chamelle participe de tout temps de la diète des populations de tradition nomade et de langue couchite, comme les Somali ou les Borana, la communauté de Mme Hussein.

La nouveauté, ce sont les débouchés commerciaux que le produit trouve bien au-delà d'Isiolo.

Halima Hussein a rejoint une coopérative locale de 64 femmes qui produit quotidiennement entre 3.000 et 5.000 litres de lait non pasteurisé acheminés à Eastleigh, le quartier à majorité somali de Nairobi.

Ce commerce d'abord très informel se structure avec le soutien de l'agence néerlandaise de développement SNV, qui vient d'aider à l'ouverture d'un "bar à lait" à Isiolo.

Dans le haut de gamme, l'entreprise Vital Camel Milk alimente en lait pasteurisé, yaourts et glaces à base de lait de chamelle les supermarchés Uchumi et Nakumatt au Kenya, mais également l'Afrique du Sud, les Emirats Arabes Unis et l'Amérique latine, depuis Nanyuki (centre du Kenya).

Les nutritionnistes ne tarissent pas d'éloge sur le lait de chamelle. "Il est légèrement plus salé que celui de la vache, trois fois plus riche en vitamine C, on sait qu'il est riche en fer, en acides gras insaturés et en vitamines B", souligne l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) sur son site internet.

La FAO rappelle qu'un nomade peut se nourrir du seul lait de sa chamelle pendant un mois dans le désert. "J'ai nourri mes douze enfants au lait de chamelle", souligne fièrement Safia Kulow, 40 ans, présidente de la coopérative d'Isiolo.

Au goût, ce lait est légèrement plus salé et amer, et paraît moins gras que le lait de vache. Ce sont surtout des réticences culturelles qui ont empêché à ce jour son expansion au delà de ses consommateurs traditionnels.

"Mais les circonstances obligent les gens à changer et des populations de tradition non couchite envisagent de recourir au chameau, tirant ainsi les leçons des sécheresse et des famines dans la région", relève Daniel Muggi, fonctionnaire du ministère de l'Agriculture chargé de l'élevage à Isiolo.

Au delà du Kenya, Vital Camel Milk "ambitionne de devenir leader mondial de produits alimentaires biologiques issus du lait de chamelle dans les dix ans à venir", explique le fondateur de l'entreprise, l'Allemand Holger Marbach.

"Il existe déjà une forte demande de lait de chamelle dans les pays développés. Ce qui pose problème à ce jour, ce sont les barrières politiques et administratives", ajoute-t-il. Ce lait n'est par exemple pas autorisé à la vente aux Etats-Unis.

Mieux encadré, ce nouveau marché pourrait rapporter 10 milliards de dollars par an dans le monde, selon la FAO.

"Nous pensons à l'avenir installer une usine de lait de chamelle. Nous pensons que le lait de chamelle va devenir de l'or, parce que nous allons commencer à exporter vers l'Union européenne", s'enthousiasme déjà Adan Ali, 56 ans, unique animateur masculin de la coopérative d'Isiolo.