Claire Nouvian : au secours des abysses

PECHE Auteur du livre Abysses et commissaire de l'exposition du même nom, Claire Nouvian, fondatrice de Bloom Association, se bat depuis dix ans pour sauvegarder les fonds des océans. Alors que l'ONU va débattre de la pêche profonde en septembre prochain, elle publie une enquête choc qui dénonce son financement et le sort réservé aux abysses...

Propos recueillis par Françoise Latour

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Fond marin en Méditerranée, dans le Var.
Fond marin en Méditerranée, dans le Var. — BARIL-PBI/SIPA

En moins de dix ans, vous êtes passée du journalisme animalier au rôle de «sauveur» des abysses. C’est l’histoire d’un coup de foudre?

Claire Nouvian: J’ai découvert la vie des abysses en réalisant un documentaire pour France2. Ça a été une rencontre d’émerveillement biologique, à l’instar des biologistes quand ils ont vu pour la première fois des singes avec des culs roses ou des oiseaux avec des becs bleus! J’ai voulu faire partager mon expérience à tout le monde. Mon livre a été traduit en dix langues et mon exposition compte plus d’un million de visiteurs. Mais ce milieu – le plus vulnérable de la planète – est surexploité depuis des décennies sans que personne soit au courant, comme si l’on détruisait des momies égyptiennes dans le plus grand secret…

La vie des abysses serait donc menacée?

C. N.: Oui! À cause de la chute des captures mondiales de poissons (- 400.000 tonnes par an depuis quarante ans), le secteur de la pêche s’est intéressé aux espèces des grands fonds dont on pourrait faire des tranches : lingue bleue, lieu noir, empereur… Malheureusement, c’est la pêche la plus destructrice qui soit ! Non seulement elle est réalisée par chalutage, avec des filets qui raclent les fonds et détruisent tout sur leur passage, mais elle rapporte près de quatre-vingts espèces, pour n’en conserver que deux ou trois! Or celles-ci se reproduisent très lentement et ne résistent pas à une telle pression. Pour preuve, la pêche de l’empereur : en 2002, dix ans après son démarrage, on avait attrapé tous ceux qui existaient!

Bloom Association publie une enquête choc révélant que cette pêche (2), non-rentable, est financée par nos impôts pour le compte d’entreprises privées!

C. N.: En France, par exemple, la flotte Scapêche, appartenant à Intermarché, a reçu près de 10 millions d’euros de subventions (de l’État français et de l’Union européenne) entre 1996 et 2008. Sinon, elle n’existerait plus. La conserver est peut-être une stratégie de l’enseigne (2.000 points de vente) pour s’approvisionner en poissons, mais on peut se poser la question de savoir si nous devons la financer avec nos impôts!

En quoi la disparition de la vie des abysses serait-elle un problème?

C. N.: Les équilibres écologiques sont bien trop complexes pour qu’on le sache. La disparition de la morue dans l’Atlantique Nord a permis aux homards et aux crustacés de prendre le dessus. Cela dit, si on met en péril la diversité des espèces, on met aussi en péril l’eau et l’air, leur propreté, leur richesse et, donc, des emplois!

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