Sécuriser le nucléaire, est-ce possible?

DEBAT Alors que l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) se réunit à partir de lundi pour formuler des recommandations après la catastrophe de Fukushima, deux experts du nucléaire donnent leur avis sur la sûreté des centrales...

Audrey Chauvet
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Un militant anti-nucléaire manifeste devant la Chancellerie à Berlin, le 16 mai 2011.
Un militant anti-nucléaire manifeste devant la Chancellerie à Berlin, le 16 mai 2011. — Clemens Bilan/AP/SIPA

Vingt-cinq ans après Tchernobyl, la catastrophe de Fukushima a ravivé les inquiétudes sur la sécurité des centrales nucléaires et conduit plusieurs pays européens à abandonner leurs programmes nucléaires. L’Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) tente maintenant de rassurer en tenant, de lundi à vendredi, une conférence qui devrait déboucher sur des recommandations pour sécuriser le nucléaire, notamment en soumettant les réacteurs en fonctionnement à des tests de résistance.

Probabilités contre certitudes

Pour Bertrand Barré, conseiller scientifique d’Areva, ces tests «vont avoir une grande vertu»: inclure les risques de catastrophes naturelles dans les aléas auxquels sont soumis les centrales. «Dans le passé, on a bien pris en compte les défaillances matérielles et humaines, mais les agressions naturelles, tornades, inondations ou séismes, n’ont pas été considérées dans leurs cas extrêmes ou en cas de combinaisons, comme un séisme suivi d’un raz de marée.»

Roland Desbordes, président de la Criirad (Commission de recherche et d'information indépendantes sur la radioactivité), n’est pas convaincu par ces tests. Pour lui, c’est la démarche de la sûreté nucléaire qui est à revoir. «On réfléchit en termes de probabilités, en calculant le risque de tel événement sur tel réacteur, mais il faut des certitudes compte tenu de la gravité des accidents», explique-t-il. Selon lui, cette approche a déjà démontré son échec: «Nous avons eu deux accidents majeurs en l’espace de 25 ans, qui avaient une si faible probabilité de se produire qu’on les considérait impossibles. Dans le nucléaire, même si le risque est de 1 sur 1 million ou 10 millions, on ne doit pas le prendre.»

L’EPR, la centrale «sûre»?

Pour Bertrand Barré, la sécurisation du nucléaire passe par le remplacement progressif des réacteurs actuels par la dernière génération, c’est-à-dire l’EPR, dont le développement a déjà eu des retombées bénéfiques sur les centrales en service. «La génération 3 est beaucoup mieux protégée: si le cœur du réacteur fond, il y a suffisamment de systèmes de sécurité pour que la radioactivité qui s’échappe soit minime et que l’on n’ait pas besoin d’évacuer la population», explique-t-il. Roland Desbordes est sceptique: «On peut avoir tout prévu sur le papier, l’EPR n’a pas encore fonctionné et c’est l’expérience qui dira s’il est sûr ou non».

«Bien entendu, le risque zéro n’existe pas, reconnaît Bertrand Barré, mais le risque du nucléaire est déjà inférieur à celui des autres modes de production d’électricité si on considère le nombre de personnes déplacées pour les barrages ou les accidents dans les mines de charbon». La sécurité a toutefois un prix: les réacteurs EPR sont beaucoup plus chers que leurs prédécesseurs: «L’AIEA est une agence de promotion du nucléaire, dénonce Roland Desbordes, et elle se tire une balle dans le pied en mettant en place des règles qui rendront les centrales plus coûteuses. Ce n’est donc pas à elle de définir les règles de sûreté», estime le président de la Criirad.