Les Européens tentent de sauver le protocole de Kyoto

CLIMAT Les négociations en cours à Bonn préparent le terrain pour la conférence de Durban en décembre...

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Le sommet sur le climat de Copenhague 2009
Le sommet sur le climat de Copenhague 2009 — WITT/SIPA

l faut sauver le protocole de Kyoto. L'Union européenne s’est placée en première ligne à Bonn, où se tiennent des discussions jusqu'à vendredi sous l'égide des Nations unies, pour tenter de sauver le protocole de Kyoto dont l'avenir, l'un des grands enjeux de la prochaine grande conférence sur le climat, à Durban (Afrique du Sud), s'écrit encore en pointillés. Les Européens sont en quête de la bonne formulation à l'approche de l'expiration de la première période d'engagement de cinq ans, fin 2012.

Un «point dur» de la conférence de Durban

Les plus optimistes comptent sur les Européens pour sauver Kyoto en s'engageant sur une deuxième période, mais certains observateurs n'excluent pas la disparition du seul outil contraignant existant dans le domaine du climat pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, dont le CO2. Un point fait l'unanimité: le devenir de Kyoto, soigneusement mis de côté à Cancun (Mexique) fin 2010, constituera l'un des sujets brûlants de la prochaine grande conférence, en fin d'année à Durban. «J'en ferais le marqueur, il ne peut pas y en avoir d'autre», estime Laurence Tubiana, directrice de l'Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri) à Paris. «C'est un point qui va être un point dur, compliqué pour l'Union européenne», reconnaît cette observatrice avisée des négociations climatiques.

L’Europe prête à s’engager de nouveau

L'UE apparaît aujourd'hui comme la plus disposée à prendre de nouveaux engagements de réduction dans le cadre de Kyoto, même si le dispositif n'a plus la portée qu'il revêtait lors de son entrée en vigueur en 2005. Traité contraignant s'appliquant à 37 pays et l'UE, il ne concerne ni les Etats-Unis, qui ne l'ont pas ratifié, ni la Chine, qui en était exonérée en tant que pays émergent, soit les deux plus gros émetteurs actuels de GES (plus de 40% des émissions mondiales). De plus, le Japon, la Russie et le Canada, soumis à la première période, ont indiqué ne pas souhaiter renouveler l'exercice.

«Du point de vue japonais, le protocole de Kyoto ne reflète plus la situation actuelle, avec moins de 27% des émissions globales couvertes», a souligné à Bonn Kunihiko Shimada, conseiller spécial du ministre japonais de l'Environnement, opposé à une nouvelle période comme à une «extension» de la première. «Si on abandonne Kyoto, il sera difficile de remettre sur la table un système similaire plus tard», fait en revanche valoir un négociateur européen, rappelant l'importance que revêt Kyoto aux yeux des pays en développement au nom de la responsabilité «historique» des pays industrialisés.

Eviter l’échec de Durban

Le négociateur en chef de l'Union européenne, Artur Runge-Metzge, a toutefois rappelé à Bonn que l'UE n'allait pas s'engager aussi «facilement», sans conditions, dans une nouvelle période. Les Européens souhaitent en contrepartie l'émergence d'un outil juridique couvrant toutes les grandes économies. Reste aussi à décider la forme que pourrait prendre une deuxième période. Une nouvelle période formelle nécessiterait dans les faits un long processus de ratification par les Etats, ce qui ne devrait pas permettre d'éviter un vide juridique début 2013, à l'expiration de la première période.

«Il pourrait y avoir un recalibrage de ce qu'on entend par une deuxième période d'engagement», estime toutefois Elliot Diringer, vice-président du PEW Center on Global Climate Change, un centre de recherche basé à Washington. «Il y a une acceptation grandissante que quelle que ce soit la décision sur Kyoto, ce sera un accord de transition», ajoute-t-il. L'une des options est «un engagement politique, avec une certaine force» qui ne nécessiterait pas de ratification, confirme le négociateur européen. L'objectif, reconnaît-il, étant d'éviter un échec à Durban qui, sans «être forcément la fin du monde», serait perçu, deux ans après Copenhague, comme «un échec du processus et du multilatéralisme dans ce domaine».