Sécheresse, orage et bactérie: sale temps pour les agriculteurs

AGRICULTURE Les fortes pluies qui se sont abattues sur le pays ces deux derniers jours ont détruit des parcelles, et n'ont pas reconstitué les stocks d'eau. Pour beaucoup d'agriculteurs l'année 2011 devrait être particulièrement mauvaise…

Mickaël Bosredon

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Un éclair à Nice, le 5 juin 2010.
Un éclair à Nice, le 5 juin 2010. — AFP/VALERY HACHE

2011, une année qui s’annonce «noire» pour l’ensemble de la profession agricole, estime Jérôme Despey, secrétaire général adjoint de la FNSEA. Alors que les professionnels sont confrontés depuis plusieurs mois à un épisode de sécheresse, que les maraîchers subissent de surcroît une «crise du concombre» en train de s’étendre à la tomate, les producteurs français ont dû essuyer tout le week-end des orages dévastateurs, surtout dans le Sud. «La pluie s’est abattue avec beaucoup de vigueur, accompagnée de vents de 95 km/h, et parfois mêlée de grêlons de gros diamètres», énumère Jérôme Despey. «Dans le Vaucluse et les Bouches-du-Rhône, les dégâts pour les maraîchers et les herboriculteurs sont considérables. Certaines exploitations sont touchées à 100%, des serres ont été détruites, et des récoltes qui étaient en cours, comme la cerise, vont être diminuées de l’ordre de 50%.»

«L'eau est tombée trop vite, et trop fort»

Il est tombé à certains endroits jusqu’à 100 mm de pluie en deux heures. Une aubaine pour une profession qui attendait désespérément de l’eau? Même pas. «Tout d’abord, ce n’est pas le sud du pays qui attendait après la pluie, or c’est là qu’il y en a eu le plus. Ensuite elle est tombée trop vite et trop fort, ce qui a eu pour conséquence un ruissellement des eaux qui ont très peu pénétré dans le sol. Enfin, dans certaines régions comme le Centre, il pleuvait à un endroit, mais 10 km plus loin, il n’y avait rien… Une toute petite partie de cette eau est bien entrée dans le sol, mais les précipitations de ce week-end ne changent pour l’instant rien à l’épisode de sécheresse que nous subissons.»

Patrick Bertuzzi, directeur de l’unité de veille agroclimatique à l’Inra (Institut national de recherche agronomique), est un peu plus nuancé: «Une partie de ces pluies peuvent satisfaire à court terme certains besoins, c’est déjà ça. Mais il est évident que des orages violents sur un sol sec ne permettent pas de reconstituer les nappes d’eau.»

Des vendanges aux alentours du 15 août dans le Bordelais

Pour les récoltes comme le blé et l’orge, qui seront ramassées dans quelques semaines, le mal est déjà fait. Selon l’Inra, la perte de rendement devait se situer entre 10 et 30%. La sécheresse aura aussi pour conséquence des vendanges très précoces: «Aux alentours du 15 août, au lieu du 15 septembre, dans le Bordelais, et début août dans le sud de la France», estime la FNSEA. Mais tout n’est pas encore perdu, et des pluies régulières ces prochaines semaines pourraient partiellement sauver les cultures d’été, comme le maïs. De plus, les agriculteurs prévoient, exceptionnellement, de réimplanter cet été sur les parcelles habituellement laissées vides, des cultures de substitution pour produire un stock de fourrage supplémentaire à destination du bétail. Un apport d’eau régulier ces prochaines semaines leur serait salvateur.

«Il ne se vend plus un concombre en France»

Du côté des maraîchers, il n’y a en revanche plus grand espoir. Les orages du week-end et la crise de la bactérie E.Coli, qui a semé le doute sur le concombre, ont fini de les achever. «Depuis une semaine, il ne se vend plus un concombre en France, affirme Jérôme Despey. Nous avons un stock de 3,6 millions de concombres. Et la crise commence à s’étendre à la tomate. Nous chiffrons les pertes à environ 5 millions d’euros.» La Commission européenne a annoncé ce mardi des compensations financières pour les maraîchers européens victimes de la crise de confiance des consommateurs. Mais la FNSEA demande des prises de position du gouvernement plus franches pour rétablir cette confiance au plus vite.