La demande des pays émergents devrait faire exploser les consommations de gaz

ENERGIE Particulièrement abondant et bon marché, le gaz pourrait représenter un quart de la demande mondiale en énergie en 2035, et ainsi dépasser le charbon...

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Le prix du gaz devrait baisser à compter du 1er avril mais cette baisse, qui devrait être comprise entre 7 et 10%, est jugée insuffisante et surtout trop tardive par les associations de consommateurs.
Le prix du gaz devrait baisser à compter du 1er avril mais cette baisse, qui devrait être comprise entre 7 et 10%, est jugée insuffisante et surtout trop tardive par les associations de consommateurs. — Eric Piermont AFP

Le gaz, abondant et moins polluant que le charbon, serait proche d'un «âge d'or», grâce notamment à la Chine, quand le pétrole se raréfie et le nucléaire pose question depuis la catastrophe de Fukushima, selon un rapport de l'Agence internationale de l'énergie (AIE).

Le gaz pourrait représenter plus d'un quart de la demande mondiale en énergie en 2035, contre 21% actuellement, et ses ressources sont suffisamment abondantes pour y répondre, prédit le président de l'AIE, Nobuo Tanaka, dans ce document présenté lundi par l'agence. Cette source d'énergie, particulièrement abondante et donc bon marché, pourrait même dépasser en 2030 la part du charbon dans l'éventail du «mix» énergétique.

Près de 80% de la hausse attendue de la demande en gaz entre 2010 et 2035 devrait provenir des pays non membres de l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques), selon l'AIE. Les pays émergents s'annoncent comme les plus gourmands. En 2035, la demande de la Chine notamment devrait être équivalente à celle de toute l'Union européenne, alors qu'elle correspond actuellement à celle de l'Allemagne. La demande des pays du Moyen-Orient devrait doubler et celle de l'Inde quadrupler.

Le monde dispose de 75 ans de consommation de gaz

Pour répondre à ces appétits, la production annuelle de gaz devra augmenter de 1.800 milliards de mètres cube, soit trois fois la production actuelle de la Russie, pour atteindre 5.100 milliards de m3 en 2035. La Chine devrait ainsi devenir l'un des premiers producteurs, prédit l'AIE. Les ressources sont toutefois importantes et plutôt bien réparties géographiquement, si bien que le monde dispose, au rythme actuel de sa consommation, de 75 années de consommation de gaz, fait valoir l'agence, branche énergétique de l'OCDE. Les besoins d'investissements s'élèveraient à 8.000 milliards de dollars (5.476 milliards d'euros), précise l'agence, en soulignant le "besoin urgent" d'investir dans le gaz liquéfié, plus facile à transporter.

Abondant, le gaz présente en outre une alternative à l'atome, auquel plusieurs pays ont décidé de renoncer depuis la catastrophe de la centrale nucléaire de Fukushima au Japon. Le nucléaire va jouer un «rôle réduit» dans certains pays, selon M. Tanaka. L'Allemagne est la première grande puissance industrielle à avoir décidé, la semaine dernière, de fermer ses 17 réacteurs nucléaires d'ici 2022.

Considérée comme la plus prore, cette énergie ne réussira tout de même pas à réduire les émissions de CO2

Le gaz a d'autant plus le vent en poupe que la production de pétrole brut conventionnel a atteint un pic en 2006 avec 70 millions de barils par jour, estime l'AIE, même si la production de pétrole non conventionnel, tiré surtout des sables bitumineux canadiens et très énergivore, progresse. Mais le gaz, qui est certes «la plus propre» des énergies fossiles, ne suffira pas à réduire les émissions de gaz à effet de serre, qui porteront la hausse de la température dans le monde à 3,5 degrés à long terme, selon l'AIE. Les émissions de CO2 ont déjà atteint un record en 2010, constituant de l'aveu même de l'AIE un «revers sérieux» dans la lutte contre le réchauffement climatique.

Par ailleurs, le gaz non conventionnel, piégé dans la roche comme le gaz de schiste, et qui représentera une part croissante de la production mondiale, utilise des techniques d'extraction qui «posent des problèmes environnementaux», reconnaît l'agence. Celle-ci encourage par conséquent les Etats à favoriser les économies d'énergie, les techniques de capture et de stockage du CO2, ainsi que les énergies renouvelables. L'AIE craint que les gouvernements oublient leurs engagements en la matière, au profit d'un gaz devenu bon marché.