Les compagnies aériennes refusent d'acheter des permis d'émission de CO2

CLIMAT Encore exclues du marché des permis d'émission, les compagnies aériennes veulent conserver ce privilège malgré les décisions de l'Union européenne...

A.C. avec Reuters

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Les compagnies aériennes veulent continuer à voler sans avoir à payer pour le CO2 émis. Réunies au sein de l'Association internationale du transport aérien (Iata), elles ont protesté dimanche contre le projet de l'Union européenne de les intégrer dans son programme de permis d'émission de CO2. L’Iata, qui tient sa réunion annuelle du 5 au 7 juin à Singapour, craint une guerre commerciale si la commissaire européenne au Climat Connie Hedegaard ne revient pas sur ce projet qui obligerait les compagnies aériennes décollant ou atterrissant en Europe à acheter des permis d'émission.

La Chine et les Etats-Unis menacent l’UE de représailles commerciales

Le dispositif européen prévoit l'octroi de 213 millions de permis de polluer aux compagnies aériennes en 2012, puis 209 millions de 2013 à 2020. La plus grande partie d'entre eux, 82%, sera octroyée gratuitement, ce qui implique que le solde devra être acquis sur le marché. Les compagnies aériennes prétendent que le dispositif, qui doit entrer en vigueur le 1er janvier 2012, accroîtra considérablement leurs coûts.

L'autorité chinoise de l'aviation civile chiffre ainsi à 800 millions de yuans (84 millions d'euros) le coût du dispositif européen pour ses compagnies la première année et à plus du triple de ce montant d'ici à 2020. Pékin menacerait de réagir contre les compagnies aériennes européennes et contre l'avionneur Airbus si l'UE exécutait son projet. L'Air Transport Association américaine a de son côté saisi les tribunaux européens et un responsable américain du transport aérien a déclaré qu'un procès intenté par plusieurs compagnies aériennes américaines serait instruit le 5 juillet à Luxembourg.

Un compromis grâce à la Banque mondiale?

Face à ces menaces, Connie Hedegaard a fait savoir que l'UE ne cèderait pas. «Lorsque certaines parties commencent à menacer telle ou telle société européenne, l'Europe doit faire preuve d'une grande fermeté à mon avis», a-t-elle déclaré à Reuters. «Il n'est plus temps de s'emporter sur un texte de loi déjà adopté», a-t-elle ajouté. Elle a toutefois signalé qu'il pourrait y avoir une solution si la Chine et d'autres pays prenaient des mesures pour réduire les émissions de gaz à effet de serre des avions.

Un compromis pourrait être trouvé par l’intermédiaire de la Banque mondiale. Andrew Steer, délégué spécial aux changements climatiques à la Banque mondiale, a déclaré dimanche que l'organisme proposerait en octobre aux ministres des Finances du G20 un prélèvement mondial sur le kérosène et le mazout. Présente aux discussions sur le climat, qui se tiennent à Bonn du 6 au 17 juin, la Banque mondiale reste sceptique sur les décisions qui pourraient être prises à l’issue de la prochaine Conférence sur le climat, en décembre en Afrique du Sud. «Durban pourrait réaliser d'importants progrès dans nombre de domaines mais il ne faut pas vraiment s'attendre à un accord général à l'heure actuelle», a déclaré Andrew Steer.