Un observatoire qui confirme la contrainte de la ville sur les insectes pollinisateurs

BIODIVERSITE C'est l'enseignement principal de l'observatoire des insectes pollinisateurs, lancé par le Muséum il y a un an. Cet outil de science participative rencontre un franc succès auprès du grand public...

Mickaël Bosredon

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Un syrphe
Un syrphe — F.VIREY/OPIE

Les insectes pollinisateurs, source de vie? Aujourd’hui 35% de notre alimentation repose sur des plantes pollinisées par les insectes. Mais l’intensification de l’agriculture, l’urbanisation, les changements climatiques, perturbent les populations de pollinisateurs (essentiellement les abeilles, mais aussi les guêpes, les papillons..). Pour mesurer ce phénomène sur le territoire de la France, le Muséum national d’histoire naturelle a lancé il y a un an Spipoll, «Suivi photographique des insectes pollinisateurs». Cet observatoire est ouvert à toute personne équipée d’un appareil photo, et prêt à donner un peu de son temps pour photographier les insectes.

Le principe: pendant 20 minutes l’observateur reste sur une espèce de fleurs, et photographie tous les passages d’insectes. Il faut rester concentré, car jusqu’à 25 espèces peuvent se succéder durant ce laps de temps. Le plus dur est à suivre, car après il faut nommer chaque insecte parmi une base de données de… 600 noms. Heureusement, le site Internet mis à disposition des observateurs permet, en répondant à quelques questions sur l’aspect général de la bête, de réduire rapidement l’échantillon.

Certaines espèces se propagent rapidement

Après une année de fonctionnement, l’observatoire donne pleinement satisfaction à ses créateurs. «Scientifiquement le résultat est aussi riche qu’espéré, puisque nous avons enregistré 3.000 points d’environnement, et 12-13.000 photos» comptabilise Romain Julliard, chercheur et coordinateur de la «science participative» au Muséum.

Soit. Mais quels enseignements l’institution a-t-elle pu en tirer? «A chaque collection nous pouvons regarder la proportion de présence d’espèces à tel endroit. Ainsi, 80% des espèces photographiées sont moins abondantes en ville, et 20% le sont davantage, en particulier le groupe des abeilles solitaires. Il s’avère que les espèces dotées d’un système alimentaire simple et identique entre la larve et l’insecte, s’adaptent mieux en ville que celles avec un système alimentaire complexe. C’est un témoin des contraintes que la ville exerce.» Ce n’est pas tout. «Nous voyons aussi que certaines espèces se propagent rapidement, dont une espèce de guêpe dans la moitié Nord de la France, alors qu’elle n’y vivait pas du tout il y a quelques années. Les populations d’insectes sont très dynamiques, elles progressent et régressent rapidement.» Il a aussi été photographié à Aix-en-Provence une espèce d’abeille, Nomioides, très difficile à observer.

40% d’erreurs dans les identifications

Dans l’ensemble, ces observations «sont venues confirmer des impressions. Cela  n’a pas surpris nos scientifiques, mais cela leur permet de disposer de chiffres. Spipoll vient combler un vide.» Les erreurs existent, le taux de bonne identification étant de 60%. «Sur une base de données de 600 espèces c’est tout de même plutôt bon. Mais 40% d’erreurs, c’est effectivement trop pour se passer d’une phase de validation avec notre partenaire, l’Opie (Office pour les insectes et leur environnement).

Spipoll compte quelque 5.000 inscrits, et 600 participants actifs. «Nous pensons que cela va continuer de progresser. Ce qui est intéressant c’est qu’un réseau social d’observateurs est en train de se développer, et nous l’encourageons car cet échange entre les participants est riche d’enseignements pour tout le monde.»

www.spipoll.org