«La forêt est une usine qui produit des services gratuitement»

JOURNEE MONDIALE DE L’ENVIRONNEMENT vestir dans la préservation des forêts pourrait représenter un avantage économique à long-terme, selon le rapport des Nations unies qui paraîtra le 5 juin...

Propos recueillis par Audrey Chauvet
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Vue aerienne de la foret amazonienne en Guyane.
Vue aerienne de la foret amazonienne en Guyane. — MEIGNEUX/SIPA

On sait que les forêts sont nécessaires au stockage du carbone, à la préservation des espèces animales et végétales et à la production d’oxygène. Mais les forêts sont aussi des investissements économiquement rentables, souligne le rapport «Le rôle des forêts dans l’économie verte» du Programme des Nations unies pour l’environnement (Unep) que Nicolas Bertrand, chargé des questions économiques à l’Unep, présente à 20 Minutes.

Quel rôle économique et social jouent les forêts dans le monde?

Les forêts font vivre plus d’un milliard de personnes, même si elles ne représentent qu’un pour cent du PIB mondial. Deux milliards de personnes en dépendent pour leur approvisionnement en énergie. La forêt fournit aussi des services éco systémiques comme le stockage du carbone, la régulation de l’eau ou l’habitat de 80% des espèces animales terrestres. Investir dans les forêts présente donc un intérêt environnemental et économique pour l’humanité.

A combien avez-vous chiffré les investissements nécessaires?

Nous avons travaillé sur des scénarios dans lesquels on augmenterait de deux tiers l’investissement actuel dans la reforestation. En investissant 0,03% du PIB mondial dans le secteur forestier, on augmente de 28% la quantité de CO2 stockée d’ici à 2050 et on fournit du travail à 25 à 30 millions de personnes.

Comment se concrétiseraient ces investissements?

Par des programmes de lutte contre la déforestation engagés par les gouvernements mais surtout des efforts de reforestation émanant du secteur privé. Par exemple, les entreprises pourraient développer des mécanismes de paiement des services rendus par la forêt. C’est déjà le cas de Vittel, qui rémunère des paysans autour de la source pour qu’ils pratiquent une agriculture compatible avec les exigences de pureté de l’eau. Dans ce cas, les deux parties sont gagnantes. On peut penser également à des instruments financiers qui seraient adaptés à la forêt, comme cela se fait sur le marché du carbone.

Ces mécanismes sont-ils vraiment profitables pour les populations locales?

Le rapport montre que l’investissement dans le secteur des forêts a une rationalité économique forte, mais l’impact dans les pays en développement reste à définir. Nous avons insisté sur la transparence que doivent avoir ces mécanismes pour être sûrs que les populations autochtones soient également gagnantes. L’équité, le social et l’éradication de la pauvreté sont aussi au cœur du rapport.

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