Pas de lâcher d'ours dans les Pyrénées cette année

OURS Le gouvernement ne veut pas «accabler les éleveurs déjà touchés par la sécheresse»...

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Capture d'écran de l'ourse Franska lachée le 28 avril 2006 sur le territoire de la commune de Bagnères-de-Bigorre.
Capture d'écran de l'ourse Franska lachée le 28 avril 2006 sur le territoire de la commune de Bagnères-de-Bigorre. — AFP PHOTO

Les Pyrénées n’accueilleront pas de nouvel ours cette année: le gouvernement a renoncé à lâcher un ours en 2011 malgré ses engagements antérieurs. Ce sont les organisations favorables à la réintroduction de l'ours, sur le qui-vive depuis des semaines, qui ont divulgué les premières la nouvelle: après de longs et apparemment délicats arbitrages auxquels l'Elysée a pris sa part selon elles, le gouvernement a décidé qu'il n'y aurait pas de lâcher d'ours cette année dans les Pyrénées. Le ministère de l'Ecologie a ensuite confirmé l'information, indiquant que Nathalie Kosciusko-Morizet ne voulait pas accabler les éleveurs déjà touchés par la sécheresse.

«C’est l’arrêt de mort de l’ours»

Pro- et anti-ours attendaient la nouvelle dans une égale tension. Chantal Jouanno, qui avait dirigé le ministère avant Mme Kosciusko-Morizet, avait en effet annoncé le 26 juillet 2010 le lâcher, pour le printemps 2011, d'une ourse dans le Béarn (Pyrénées-Atlantiques). Il ne s'agissait que de remplacer l'ourse Franska, tuée dans un accident de la route en 2007, et en aucun cas de renforcer les effectifs de l'ours (d'une vingtaine actuellement), une perspective insupportable pour les adversaires du plantigrade. Mais il avait valeur d'engagement et de test de la politique gouvernementale pour les pro-ours.

Quinze ans après la première réintroduction d'ours dans un massif qu'il écumait autrefois en grand nombre, «c'est une rupture avec la politique de l'Etat depuis plus de 15 ans dans les Pyrénées, c'est un reniement de l'engagement pris par l'Etat il y a moins d'un an, c'est l'arrêt de mort de l'ours sur ce territoire (du Béarn) où il est présent depuis des millénaires», s'est ému Alain Reynes, de l'association Pays de l'ours-Adet, l'une des plus actives pour la défense de l'animal. Il ne subsiste plus que deux ou trois mâles sur le versant occidental des Pyrénées. Ne pas y lâcher vite une femelle au plus vite, c'est condamner ce noyau, disent les pro-ours. En l'état actuel, la population de l'ours dans les Pyrénées n'est même pas viable, disent-ils.

Les anti-ours satisfaits de la décision

Pour les anti-ours en revanche, un seul ours de plus, c'est encore un de trop. Pour eux, la présence de l'animal, un carnassier toujours susceptible de s'attaquer aux troupeaux, est incompatible avec le pastoralisme; il l'est plus globalement avec le développement de l'économie locale. Ils menaçaient de reprendre la lutte, ravivant le spectre des troubles qui les voyaient maculer de sang animal le fronton des édifices publics. C'est en leur faveur que le gouvernement s'est prononcé, prêtant immédiatement le flanc à toutes les analyses sur ses motivations moins d'un an avant de grandes élections.

Christine Sourd, directrice adjointe des programmes français de WWF, a eu tôt fait de relever qu'il y a moins de 15 jours, Nathalie Kosciusko-Morizet présentait sa stratégie nationale pour la biodiversité. «Quand il faut passer dans le concret, il n'y a plus personne. Ce sont les agendas politiques, les lobbies, les enjeux électoralistes qui priment», a dit Christine Sourd.

Pour le chef de file des anti-ours, la proximité de la présidentielle a indéniablement pesé dans la balance. Mais cela reste «une grande satisfaction» pour Philippe Lacube, président de l'Association pour le développement durable de l'identité pyrénéenne (Addip). «Il y a cinq ans, on avait fait baisser le nombre de lâchers. En 2010, on avait obtenu l'abandon d'un plan de réintroduction de l'ours. Tous les arguments que nous avons avancés ont été entendus», a-t-il dit à l'AFP.