Les groupes d'énergie allemands se rebiffent contre l'abandon du nucléaire

NUCLEAIRE Deux grands groupes ont menacé d'engager un bras de fer juridique avec le gouvernement allemand...

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Une centrale nucléaire à Phillipsburg, en Allemagne, en 2007.
Une centrale nucléaire à Phillipsburg, en Allemagne, en 2007. — RUFFER/CARO FOTOS/SIPA

L’abandon du nucléaire ne va pas se passer simplement pour le gouvernement allemand. Les géants allemands de l'énergie se rebiffent et menacent la chancelière Angela Merkel d'un bras de fer juridique. Lundi, après l'annonce dans la nuit que le dernier des 17 réacteurs nucléaires du pays s'éteindrait en 2022, et que huit d'entre eux devraient immédiatement être arrêtés, les grands exploitants de centrales sont d'abord restés muets. Le temps de fourbir leurs armes: le lendemain en effet, le numéro un allemand du secteur EON a annoncé une plainte contre le gouvernement et mercredi, son dauphin RWE a laissé entendre qu'il allait certainement lui emboîter le pas.

EON et RWE présentent la facture

EON et RWE dominent largement le parc nucléaire allemand et s'inquiètent d'autant plus de perdre les machines à bénéfices que sont leurs centrales, amorties depuis belle lurette, qu'ils vont devoir à partir de 2013 compenser avec des coûts gigantesques d'achat de certificats d'émission de CO2. Les deux autres propriétaires de réacteurs du pays sont eux hors jeu: Vattenfall parce que ses deux réacteurs sont de toute façon arrêtés depuis des années en raison de pannes, et EnBW parce qu'il vient de passer sous le contrôle d'un gouvernement régional dominé par les écologistes.

Pour EON et RWE au contraire, l'heure est venue de présenter la facture. «Je prévois des charges de plus de dix milliards d'euros liées à la réduction de la durée de vie des centrales et à la fermeture des réacteurs», a détaillé le patron d'EON, Johannes Teyssen, dans un entretien publié mercredi dans le Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ). EON va aussi engager, de manière détournée, une bataille juridique contre l'abandon du nucléaire qui soutenu par une majorité d'Allemands. Le groupe veut en effet attaquer une taxe sur le combustible nucléaire instaurée en début d'année. Ce qu'envisage aussi RWE.

EON voit son avenir dans les pays émergents

Cette taxe est considérée par les groupes d'énergie comme une contre-partie à un allongement de douze ans de la durée de vie des réacteurs accordé l'an dernier par Angela Merkel. Mais la chancelière ayant fait volte-face après la catastrophe de Fukushima, elle est devenue caduque, jugent-ils. Face à cette menace, le ministre de l'Economie, Philipp Rösler, s'est montré serein expliquant à la FAZ que ces groupes avaient un droit «légitime» à entamer une procédure mais que c'était «une autre question de savoir si elle sera couronnée de succès». Le ministère des Finances a lui souligné que rien dans le texte instaurant la taxe ne la liait à la durée de vie des réacteurs.

Mais EON et RWE «n'ont rien à perdre» à présent que «le gouvernement leur a tourné le dos», explique à l'AFP Sven Diermeier, analyste de la société Independent Research. Encore accusé l'an dernier de dicter sa politique énergétique à Angela Merkel, avec laquelle il apparaissait très proche, le patron de RWE Jürgen Grossmann ne cache pas son amertume. «Visiblement on veut en Allemagne d'un futur sans groupes d'énergie d'envergure internationale», a-t-il protesté mercredi dans le quotidien Bild, en estimant que «d'autres pays prouvaient que l'on peut aborder ce sujet (de l'énergie nucléaire) plus calmement et de manière plus pragmatique». A en croire la presse allemande, le patron de RWE ne se contenterait pas de bouder et aurait déjà tenté de couper les ponts avec l'Allemagne en essayant de marier son entreprise à l'espagnole Iberdrola, mais sans succès. EON de son côté a déjà annoncé il y a quelques mois qu'il ne voyait plus son avenir en Allemagne mais dans les pays émergents.