«A travers les mégots, c'est l'action de jeter que nous voulons remettre en question»

DECHETS Quand les fumeurs écolos deviennent des super-héros...

Propos recueillis par A.C.

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Serge Orru, ancien directeur général du WWF.
Serge Orru, ancien directeur général du WWF. — G. LABARTHE / 20 MINUTES

Quand on pense aux méfaits de la cigarette, c’est rarement la pollution de l’environnement qui vient à l’esprit en premier. Et pourtant: selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le tabac est responsable chaque année de la déforestation de 200.000 hectares de terres dans le monde, génère 2,3 millions de tonnes de déchets industriels et 209.000 tonnes de déchets chimiques. Sans compter le million de tonnes de filtres fabriqués chaque année, non biodégradables, qui se retrouvent dans les rues et les cours d’eaux. C’est pour prévenir le geste banal, mais lourd de conséquence, de jeter son mégot dans la rue, que Les amis du Vent ont lancé la campagne «Jette pas ton mégot, deviens un héros.» Carina Orru, présidente de l’association Les Amis du Vent, et Serge Orru, directeur du WWF-France, nous présentent cette campagne qui va transformer les fumeurs écolos en super-héros.

Pourquoi avoir choisi de lutter contre les mégots?

A travers les mégots, c’est l’action de jeter que nous voulons remettre en question. Ce sont les codes de la société de consommation que nous voulons revoir, les symboles. Par exemple, les sacs plastiques étaient devenus indispensables, systématiques dans les supermarchés. Après notre campagne «Halte aux sacs plastiques»  en 1997-98 et le référendum qui en a interdit la distribution en Corse en 2003, on doit aujourd’hui les demander pour en avoir. A travers le sac plastique et le mégot, c’est toute la problématique du jetable qui est posée: comment faire pour passer à une société du durable?

Quels problèmes spécifiques pour l’environnement posent les mégots?

Les centres d’épuration des eaux commencent à avoir des problèmes. Les mégots jetés dans la rue se retrouvent dans les caniveaux puis dans les égouts où ils libèrent des produits toxiques. En fin de course, ils sont incinérés, ce qui pollue encore une fois. D’autre part, quand on les jette dans la nature, ils peuvent provoquer des feux de forêt.

Que faudrait-il faire pour prévenir cette pollution?

Il faudrait distribuer des cendriers de poche dans tous les bureaux de tabac et surtout mettre des cendriers dans toutes les zones fumeurs. La loi à ce sujet n’est pas respectée, notamment en bas des immeubles ou des bureaux. Nous, nous demandons seulement un geste citoyen simple, de ne pas jeter ses mégots par terre. Cela peut paraître léger, mais dire: «On ne jette pas dans la nature», ça s’applique aussi bien aux mégots qu’aux déchets nucléaires.

Comment se concrétise la campagne «Jette pas ton mégot, deviens un héros»?

Cette campagne a été lancée lors du dernier festival du Vent à Calvi, à la fin 2010. Elle va s’étendre sur une année où 3.000 cendriers de poche seront distribués. Il y aura une action spécifique pour les plages, via les offices de tourisme qui distribueront des cendriers, notamment en Corse.

Comment pourrez-vous mesurer la réussite de la campagne?

On s’en apercevra en regardant les trottoirs ou en interrogeant la voirie et les centres de retraitement des eaux. Nous avons testé les cendriers de poche au festival du Vent et ça a marché: alors qu’on passait des journées entières à ramasser les mégots, cette année on n’en avait quasiment plus par terre.