Bientôt la dernière gorgée de whisky japonais?

JAPON Le séisme et la catastrophe de Fukushima ont secoué les distilleries japonaises...

Audrey Chauvet

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Un expert de la distillerie de whisky de Yamazaki, au Japon.
Un expert de la distillerie de whisky de Yamazaki, au Japon. — Sutton-Hibbert / Rex Fe/REX/SIPA

Si vous êtes amateur de whisky japonais, il est temps de faire des stocks. Ce whisky peu répandu en France mais très apprécié des connaisseurs pourrait bien être en train de vivre ses dernières années de prospérité. Le séisme et le tsunami qui ont touché le Japon le 11 mars dernier, suivis par la catastrophe nucléaire de Fukushima,  vont à coup sûr freiner la production de spiritueux japonais.

Pas de whisky sans eau pure

Parmi les marques les plus exportées, les whiskies Nikka risquent de connaître des années sombres: une de leurs deux distilleries est située à une centaine de kilomètres au nord de Fukushima. L’emplacement, choisi pour «son air pur et la quantité abondante d’eau souterraine filtrée par la tourbe» ne sera sûrement plus si idyllique après mesure de la radioactivité ambiante. «Le problème majeur est l’eau, explique Eric Gaudet, organisateur du salon Spirit. C’est la qualité et la pureté de l’eau qui est importante pour faire un bon whisky.»  Malheureusement, dès les premières semaines de fuites radioactives, les eaux japonaises autour de Fukushima, et jusqu’à Tokyo, ont été déclarées dangereuses à la consommation.

Dans un communiqué adressé à ses partenaires commerciaux le 12 mai, la marque de whisky Nikka assure toutefois que ses distilleries sont «totalement opérationnelles». A la distillerie de Miyagikyo, 100km au nord de Fukushima, «six semaines après le séisme, les locaux ont été réparés et des inspections précises ont été menées. Les opérations de distillerie ont repris et les visiteurs peuvent revenir sur les lieux», assure Nikka. «L’eau utilisée à Miyagikyo est de l’eau souterraine qui provient d’une rivière voisine, sur laquelle nous menons, ainsi qu’un laboratoire extérieur, des tests de radioactivité», précise Nikka.

Les conséquences sur les cultures de céréales inquiètent moins les experts: «On peut acheter du grain qui vient d’ailleurs», explique Eric Gaudet. Confirmation chez Nikka, qui déclare importer malt et grains. Le problème est plus grave pour le saké, élaboré avec un riz spécial qu’on ne trouve qu’au Japon. En revanche, si les distilleries sont contaminées par la radioactivité, «le malt en train de fermenter dans la zone est mort», précise l’expert en spiritueux. Pour le whisky produit avant la catastrophe, pas d’inquiétude à avoir: «Les lots sont sécurisés au départ du Japon et sont analysés à leur arrivée en France», assure Eric Gaudet. «Conformément à la réglementation européenne, nous menons des tests de radioactivité sur les produits destinés à ce marché: iode 131, césium 134 et césium 137, précise Emiko Kaji, représentante commerciale de Nikka, contactée par 20 Minutes. Les inspections sont menées par des laboratoires expérimentés, sur chaque lot expédié. Les premières analyses ont montré la sécurité des produits, qui seront testés à nouveau à l’entrée dans l’Union européenne».

Des bouteilles qui valent cher

En 2010, la France a acheté environ 3,7 millions d’euros de whisky japonais, soit 9% des exportations de produits alimentaires japonais vers la France selon les chiffres de Jetro, l’organisation japonaise du commerce extérieur. «La consommation de whisky japonais est essentiellement domestique, explique Eric Gaudet, organisateur du salon Spirit, mais le Japon exporte aussi partout dans le monde.»  Avec une production de 68 millions de litres de whisky en 2009, le Japon représente une part non négligeable de l’économie japonaise et les bouteilles peuvent atteindre des prix défiant les meilleurs scotchs: un Yamazaki de 25 ans d’âge peut atteindre 650 euros la bouteille.