Pour Areva, la décision de l'Allemagne de sortir du nucléaire est «très hypocrite»

ENERGIE Le porte parole du groupe nucléaire français, Jacques-Emmanuel Saulnier, n'est pas surpris par l'annonce de l'Allemagne de sortir du nucléaire en 2022, mais attend des réponses sur le nouveau mix énergétique du pays…

Propos recueillis par Mickaël Bosredon

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La France importera cet hiver de moindres quantités d'électricité qu'il y a un an, malgré une hausse sensible de la consommation, a indiqué jeudi le Réseau de Transport d'Electricité (RTE), en jugeant que le risque de coupure était "modéré".
La France importera cet hiver de moindres quantités d'électricité qu'il y a un an, malgré une hausse sensible de la consommation, a indiqué jeudi le Réseau de Transport d'Electricité (RTE), en jugeant que le risque de coupure était "modéré". — Jean-Christophe Verhaegen AFP/Archives

Que pensez-vous de la décision de l’Allemagne de sortir du nucléaire en 2022, et quelles conséquences cela peut-il avoir sur Areva?

Cette décision, Gerhard Schroeder l’avait déjà prise en 2000, puisqu’il avait annoncé à l’époque une sortie du nucléaire pour 2021. Ce n’est donc ni un scoop, ni une innovation. Mais comme lui, Mme Merkel ne nous explique pas par quoi elle va remplacer les 22% d’électricité du pays fabriqués à partir de son parc électronucléaire…

L’Allemagne est un pays qui développe de manière ambitieuse ses énergies renouvelables, la réponse peut-elle venir de là?

Areva est le deuxième acteur européen de l’éolien en mer, nous sommes donc bien placés pour savoir que l’énergie renouvelable est une énergie à fort potentiel mais intermittente. Or, les réseaux électriques sont conçus de telle façon qu’ils transportent l’électricité de manière continue. Ils ne supportent pas l’intermittence, sinon ils «tombent». On peut  supposer que l’Allemagne va faire plus de renouvelables mais surtout, elle va augmenter sa production électrique à base de charbon, donc augmenter ses émissions de CO2. Elle va aussi importer plus d'électricité depuis les pays voisins, dont la France, qui sont équipés de parcs électronucléaires. Ce sera très hypocrite de sa part.

Donc, aucun pays de l'union Européenne ne pourrait fonctionner avec 100% d’énergies renouvelables?

Tant que l’on ne saura pas stocker l’électricité, c’est effectivement impossible. A moins de renoncer au mode de développement économique et social de nos sociétés actuelles, qui prônent aussi plus de TGV, de tramways urbains, et qui souhaitent des parcs de voitures électriques…

Mais le mix énergétique entre la France et l’Allemagne, deux pays qui développent les TGV et les tramways,  est pourtant très différent, puisque l’un voit son électricité fournie à 74% par le nucléaire, l’autre à 22%...

Ce sont des choix politiques. Il n’y a pas de mix énergétique parfait, ni de recette miracle. Chaque énergie a ses qualités, et ses inconvénients. Historiquement, la France a fait un choix en faveur du nucléaire pour une question d’indépendance énergétique vis-à-vis des pays producteurs de pétrole. L’Allemagne n’a pas été marquée par cela. Ce qui serait cohérent en revanche, c’est que les membres de l’Union européenne adoptent une politique énergétique commune. A ce jour, vous avez 27 pays et  27 politiques différentes. La même semaine, l’Allemagne annonce souhaiter sortir du nucléaire et la Grande-Bretagne confirme qu'elle va construire de nouveaux réacteurs!»