Plongée à la recherche des algues méconnues

METIERS DU MUSEUM Plongeur naturaliste depuis près de quarante ans, Alain Couté n'est pas au bout de ses surprises...

Audrey Chauvet

— 

Alain Couté, plongeur naturaliste au Muséum national d'histoire naturelle.
Alain Couté, plongeur naturaliste au Muséum national d'histoire naturelle. — MNHN

Plongeur avant d’être naturaliste, Alain Couté a presque créé lui-même sa profession. Depuis quarante ans, il met sa pratique de la plongée au service de son rôle de chercheur au Muséum national d’histoire naturelle (MNHN). Un hobby bien utile quand on veut étudier les algues, aussi bien sur les fonds marins que dans les lacs, les cavernes ou même sous le Groenland.

La plongée n’est pas réservée «aux athlètes»

Pour observer les algues dans leur milieu naturel ou en prélever des échantillons afin de les étudier et de les cultiver dans son laboratoire parisien, la plongée est nécessaire: «On ne fait pas de dégâts sur les milieux, contrairement au chalutage ou au dragage qui se pratiquaient avant», explique Alain Couté.

Lui a commencé à plonger pendant sa thèse, à la fin des années 1960, pour récolter des algues microscopiques en mer. Une découverte lui a permis de mettre en valeur cette pratique, qu’on croyait alors «réservée aux athlètes»: «Lors d’une sortie en mer, j’ai découvert une algue rouge calcifiée qui n’avait jamais été observée depuis 1927. Grâce à la plongée, on a pu en faire des récoltes régulières et la cultiver à Paris», explique le chercheur.

Une algue née dans un réacteur nucléaire

Aujourd’hui, la plongée s’est imposée pour étudier les algues qui vivent sur les fonds marins. Alain Couté a déjà décrit plus de 200 nouvelles espèces, aussi bien dans les cavernes où des spécimens arrivent à vivre sans lumière, que sous la calotte glaciaire du Groenland ou à la Réunion dans les lagons et les barrières de corail.

Mais dernièrement, Alain Couté a eu une belle surprise en France. On lui a demandé d’étudier une algue qui pousse… dans une piscine de refroidissement de déchets nucléaires. «Cette algue a proliféré en formant un revêtement vert sur la paroi de la piscine, explique-t-il. Elle résiste très bien aux radiations: dans cet environnement, un homme mourrait en une demi-heure, mais elle parvient à se diviser et fait de la bioaccumulation, c’est-à-dire qu’elle récupère l’argent radioactif qu’elle distribue ensuite dans ses cellules.» Une nouvelle espèce qui pourrait être très utile au Japon: «On envisage de pouvoir nettoyer la radioactivité grâce à cette algue», espère Alain Couté.

Rencontrez Alain Couté dimanche 29 mai, à 15h, dans la Grande galerie de l’évolution du Muséum national d’histoire naturelle (36 rue Geoffroy Saint Hilaire 75005 Paris.)
Entrée libre et gratuite dans la limite des places disponibles.