Pour le président du Syndicat des Energies Renouvelables, «5.000 emplois ont été détruits dans le photovoltaïque depuis le début de l'année»

ENERGIE Les professionnels des énergies renouvelables sont réunis depuis lundi 16 mai à Perpignan. Ils ont dressé un bilan plutôt morose de leur activité, mais ne désespèrent pas d'un redémarrage de la filière...

A Perpignan, Mickaël Bosredon

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Installation de panneaux photovoltaïques.
Installation de panneaux photovoltaïques. — GILE MICHEL/SIPA

Les professionnels des énergies renouvelables, réunis depuis ce lundi aux rencontres internationales du pôle de compétitivité DERBI à Perpignan, ont dressé lors de l’ouverture de ces rencontres un bilan de l’activité du secteur. Il a forcément été beaucoup question de photovoltaïque, après la décision du gouvernement d’un moratoire, puis d’une baisse des tarifs de rachat de l’électricité provenant de cette source. André Joffre, président du pôle de compétitivité, a reconnu que grâce à ces mesures, «les spéculateurs ont déserté le marché». Mais il a surtout fustigé un choix qui a «fortement impacté des entreprises très sérieuses. «Certaines qui sont présentes sur le marché depuis trente ans ont dû licencier, et se demandent si elles pourront passer l’été.» Pour Jean-Louis Bal, président du Syndicat des Energies renouvelables, «nous estimons à 5.000 le nombre d’emplois perdus depuis le début de l’année, sur les 25.000 que la filière avait créés jusque-là.»

Quelles  sont les perspectives? Il faut tout d’abord rétablir la confiance auprès du grand public. «L’impact n’a pas été ressenti que sur le marché du photovoltaïque collectif, insiste André Joffre, la baisse de marché est tout aussi violente sur le marché particulier, alors que ce n’est pas justifié: l’amortissement de la pose de panneaux solaires est passé de quatre à six ans, ce n’est pas dramatique, et l’investissement reste intéressant. Mais aujourd’hui l’ensemble de la profession passe pour des escrocs…»

Pour le président de DERBI, la situation est «plutôt sombre». «Je ne suis pas de ceux qui pensent que l’on va modifier demain le mix énergétique français: au regard des investissements, de l’ordre de 35 milliards d’euros, que l’on s’apprête à engager pour renouveler nos centrales, on peut supposer que la part de marché du nucléaire va rester la même pour les trente prochaines années. Faire plus d’énergies renouvelables, cela voudrait dire baisser la part du nucléaire, or, quand on sait qu’un point de marché en moins cela équivaut à une perte de 250 millions d’euros, cela fait réfléchir…»

Néanmoins André Joffre ne se veut pas totalement pessimiste. «Nous avons quelques lueurs d’espoirs sur un éventuel redémarrage de la filière. On ne va certes pas arrêter l’investissement nucléaire en France, mais le drame qui s’est passé au Japon fera que l’on investira davantage pour la sécurité de nos centrales. Cela se répercutera sur le prix de l’électricité, ce faisant le tarif de l’électricité photovoltaïque se rapprochera du seuil de rentabilité. Ensuite la baisse du prix des équipements photovoltaïque est spectaculaire. Cela se traduit par un regain d’intérêt de grandes multinationales, type Total ou Veolia, pour des entreprises de la filière. Enfin les pouvoirs publics commencent à se demander s’il ne faudrait pas revoir un peu les choses, admettant que les décisions prises à l’issue du moratoire ont eu des effets très négatifs pour nos PME.»

Jean-Louis Bal s’est voulu le porte-parole de ces PME. «Si l’on veut développer une véritable filière industrielle il faut un environnement favorable, une visibilité sur les marchés nationaux et internationaux. Après ce qu’il s’est passé sur le photovoltaïque, mais aussi sur l’éolien pour lequel le contexte administratif a changé chaque année depuis 2001, comment voulez-vous que les industriels investissent?» Plusieurs projets, comme l’appel d’offres pour les sites d’éolien off-shore en France, qui devrait être lancé avant l’été, pourraient permettre de relancer cet investissement.