Sécheresse en France: des piscines privées au «black-out nucléaire», des conséquences qui marqueront l'été 2011

CLIMAT Des restrictions d'eau envisagées pour les particuliers, des agriculteurs inquiets pour les récoltes et des centrales qui pourraient manquer d'eau de refroidissement...

Audrey Chauvet

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Illustration sur les restrictions d'eau en cas de sécheresse.
Illustration sur les restrictions d'eau en cas de sécheresse. — LANCELOT FREDERIC/SIPA

Depuis janvier, la pluie a déserté le ciel français, laissant la place à des températures exceptionnellement élevées. Plus de la moitié des nappes phréatiques sont à un niveau inférieur à la normale, selon le BRGM (Bureau de recherches géologiques et minières) et les déficits de précipitations atteignent 75% dans certaines régions françaises, particulièrement dans le nord du pays. Ce lundi, un «comité sécheresse» se réunit au ministère de l’Ecologie pour décider des mesures à prendre après l’instauration de restrictions d’eau dans vingt-huit départements. Des agriculteurs aux centrales nucléaires, la sécheresse pourrait avoir de lourdes conséquences.

Les éleveurs et les céréaliers en première ligne

Premiers concernés, les agriculteurs du nord font grise mine. Pas assez d’eau pour les céréales, ce qui signifie une mauvaise récolte et une «double peine» pour les éleveurs selon le ministre de l’Agriculture Bruno Le Maire. «On estime déjà une baisse de 30 à 50% de rendement sur des premières récoltes de fourrage», s'inquiète Dominique Barrau, secrétaire général de la FNSEA.

Avec l’augmentation des cours mondiaux des céréales, la rareté du fourrage en France pourrait plonger les éleveurs dans une situation financière difficile. Bruno Le Maire a appelé à la solidarité entre agriculteurs en invitant les céréaliers à éviter de broyer la paille, traditionnellement épandue dans les champs, afin que les éleveurs puissent l'utiliser pour nourrir leur bétail. Ceux-ci ont en outre été autorisés à utiliser toutes les jachères pour nourrir les bêtes, ce qui leur est normalement interdit par les règles d’entretien des terres fixées dans le cadre de la Politique agricole commune. Le ministre a également demandé à l'Union européenne le versement anticipé d’une aide financière.

Black-out nucléaire cet été?

C’est l’Observatoire du nucléaire qui a lancé l’alerte la semaine dernière. «On est dans un scénario qui pourrait conduire à une situation dramatique, s'alarmait jeudi Stéphane Lhomme, président de l’organisme indépendant de surveillance du nucléaire. Il y a des risques de rupture dans le processus de refroidissement. Si le niveau d’eau est trop bas, EDF va devoir arrêter assez tôt pour continuer à pomper l'eau en espérant que les cœurs soient assez refroidis.»

Au premier trimestre 2011, EDF a réduit sa production hydraulique de l'ordre de 20%, mais la sécheresse n'a pour le moment par d'impact sur la production nucléaire, selon le groupe. «Le manque d'eau est prévu, explique Thomas Houdré, directeur de la direction des centrales nucléaires à l’Autorité de sûreté nucléaire. Il y a un seuil d'alerte au-delà duquel le réacteur doit être mis à l'arrêt avec une marge suffisante pour ensuite le refroidir. Le besoin d'eau décroît rapidement. Après une semaine, le réacteur nécessite peu d'apport en eau froide.» D’autre part, des barrages, notamment sur la Loire, permettront de faire remonter le débit du fleuve pour assurer le fonctionnement des centrales.

Les centrales devront surtout surveiller la quantité de rejets radioactifs dans les cours d’eaux, proportionnellement plus importante que d’habitude. Si le rejet dépasse les limites fixées, les effluents seront stockés dans des réservoirs prévus à cet effet, précise l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN). Leur utilisation puis leur vidange sont soumises à autorisation préalable de l'ASN. 

Des restrictions pour les particuliers et un impôt sécheresse?

La ministre de l’Ecologie, Nathalie Kosciusko-Morizet, a assuré vendredi qu’il était «trop tôt» pour imaginer un impôt sécheresse tel qu’il avait été instauré en 1976. Cette taxe exceptionnelle avait permis de financer une aide de 1,3 milliard d’euros, mais pour le moment NKM espère encore que des pluies pourront «sauver la saison», a indiqué la ministre sur France Info.

Si la sécheresse persiste, les restrictions que connaissent actuellement les agriculteurs pourraient s’étendre aux particuliers et aux collectivités. La Direction de l’Eau au ministère de l’Ecologie prévoit des interdictions de remplissage des piscines privées,  le lavage des véhicules en dehors des stations de lavage, l’arrosage des pelouses et espaces verts, dont les stades et terrains de golf, et enfin le nettoyage des terrasses et façades et l’arrosage des jardins potagers.

Les risques accrus d’incendies devraient également entraîner des mesures d’interdiction renforcées concernant l’incinération des résidus culturaux, d’herbes ou de broussailles.