Tepco, une compagnie d'électricité trop importante pour être sacrifiée

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Alimentant la mégapole de Tokyo et au coeur d'intérêts financiers majeurs, la compagnie d'électricité Tepco, qui va bénéficier de fonds publics, est tout simplement trop cruciale à la bonne marche de l'économie japonaise pour que le gouvernement la laisse flancher.

Le plus grande entreprise d'électricité d'Asie connaît des difficultés inédites depuis que le séisme et le tsunami du 11 mars ont provoqué un accident majeur dans sa centrale nucléaire de Fukushima (nord-est), provoquant des fuites radioactives, l'évacuation de près de 100.000 personnes et des complications pour des centaines de milliers de sociétés.

Bien que critique sur les moyens de prévention et la gestion de l'accident par Tepco, l'équipe de centre-gauche au pouvoir a dévoilé vendredi un plan prévoyant un soutien financier à cette compagnie privée, portant sur plusieurs dizaines de milliards d'euros qui proviendront en bonne part de fonds publics.

"La principale raison pour laquelle le gouvernement ne peut laisser tomber Tepco est le rôle primordial de la compagnie en tant que fournisseur d'électricité", explique Mana Nakazora, économiste à BNP Paribas au Japon.

La firme dessert en effet le Kanto, une vaste région du centre-est de l'archipel comprenant Tokyo, qui abrite un bon tiers de la population nippone et représente près de 40% de la richesse nationale de la troisième puissance économique mondiale.

"Le gouvernement a pris en compte l'énorme impact qu'un défaut de paiement de Tepco aurait non seulement sur les indemnisations des victimes, mais aussi sur les marchés financiers", a souligné Mme Nakazora.

Tepco est en effet la principale société émettrice d'obligations au Japon, avec des emprunts totalisant 5.000 milliards de yens (43,5 milliards d'euros), soit 8% du marché nippon des obligations d'entreprises.

L'essentiel des titres obligataires de la firme ayant été acheté par des fonds de pension japonais, une défaillance de Tepco pourrait bloquer le versement des retraites à de nombreuses personnes âgées nippones.

Les entreprises et les commerces de la mégapole de Tokyo ont en outre besoin d'un approvisionnement stable en électricité, comme l'ont montré les quelques jours de restrictions ayant suivi la catastrophe du 11 mars, au cours desquels leur activité a été désorganisée.

"Le gouvernement veut s'assurer de la solvabilité de Tepco pour éviter des coupures de courant et une flambée des prix de l'électricité", souligne Paul Scalise, de l'Institut des études asiatiques contemporaines à l'université Temple de Tokyo.

La compagnie ne peut actuellement compter que sur quatre des 18 réacteurs nucléaires qui lui fournissent habituellement de l'électricité, les autres étant arrêtés.

Elle va de fait être forcée d'acheter davantage d'hydrocarbures pour augmenter la production de ses centrales thermiques. La facture supplémentaire pourrait atteindre près de neuf milliards d'euros pour la seule année budgétaire 2011-2012.

"Une faillite de Tepco signifierait des coupures de courant partielles voire totales dans le Kanto au moment du pic de consommation estival (lié à l'utilisation des climatiseurs, ndlr), avec un impact désastreux sur la croissance et l'emploi" du pays qui doit reconstruire son Nord-Est dévasté, rappelle M. Scalise.

Conscient de l'impopularité de la compagnie, le Premier ministre, Naoto Kan, a souligné que le plan gouvernemental ne visait pas à sauver Tepco en tant que telle, mais à avancer l'argent pour indemniser rapidement les victimes de la radioactivité. Tepco, responsable, devra rembourser.

Mais des voix s'élèvent déjà pour reprocher au pouvoir de donner un mauvais exemple en soutenant une firme malgré ses erreurs, et l'opposition pourrait dénoncer le projet de la majorité pendant le vote sur ce plan au Parlement.