Bhopal: la justice indienne rejette une demande de peines alourdies

CATASTROPHE Les sept accusés dans l'affaire de l'usine de pesticides qui a causé la mort de dizaines de milliers de personnes en Inde ne verront pas leur peine alourdie...

© 2011 AFP
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La Cour suprême indienne a rejeté mercredi une requête du gouvernement visant à alourdir les peines prononcées à l'encontre de sept anciens dirigeants de l'usine de pesticides responsable de la catastrophe de Bhopal en 1984. Cet accident, le pire dans l'histoire industrielle mondiale, fit des milliers de morts dans cette ville du centre de l'Inde. Une plainte, déposée récemment par le gouvernement, demandait que les sept anciens dirigeants locaux soient condamnés pour homicide involontaire, un chef d'accusation passible de dix ans d'emprisonnement.

En 1996, la plus haute juridiction du pays avait décrété que les accusés pouvaient uniquement être poursuivis pour négligence. En juin 2010, pour la première fois depuis le drame, les anciens dirigeants de l'usine de pesticides Union Carbide avaient été condamnés mais la peine infligée --deux ans de prison-- avait provoqué un tollé au sein des associations de victimes et de l'opinion. «La requête est basée sur un argument faux et erroné», ont estimé les cinq juges de la cour suprême dans leur décision rendue mercredi. «Aucune explication satisfaisante» n'a été fournie pour formuler cette demande après tant d'années, ont-ils ajouté.

10.000 morts, des dizaines de milliers de malades

Les associations de victimes ont exprimé leur indignation après cette décision. «Ce verdict est un choc pour toutes les victimes. Nous nous attendions à ce que la Cour revoit l'affaire, comprenne nos problèmes et rende la justice, mais cela n'a malheureusement pas été le cas», a déclaré à l'AFP Balkrishna Namdeo, membre de l'association des victimes du gaz de Bhopal. La fuite toxique avait causé les trois premiers jours entre 8.000 et 10.000 morts, selon le Centre public de recherche médicale (ICMR), un organisme indien public. Il y avait eu en outre des dizaines de milliers de personnes atteintes de maladies chroniques dues à la contamination des nappes phréatiques. L'ICMR estime qu'en 1994, quelque 25.000 personnes étaient mortes des conséquences de la catastrophe. Beaucoup d'autres souffrent encore de séquelles.

Extradition des dirigeants et augmentation des compensations financières

Après le tollé soulevé par les peines infligées aux anciens dirigeants locaux, jugées bien trop légères par les victimes, le gouvernement indien avait annoncé une série de mesures visant à aider les rescapés, 25 ans après la catastrophe. Dans ce train de mesures figurent l'allocation de fonds supplémentaires pour le nettoyage du site (toujours contaminé), une nouvelle tentative auprès des Etats-Unis pour obtenir l'extradition de l'ancien patron de Union Carbide, l'Américain Warren Anderson, et une plainte auprès de la Cour suprême pour alourdir les sentences des dirigeants locaux.

Le gouvernement a par ailleurs déposé fin 2010 une autre requête auprès de la plus haute instance juridique du pays: il réclame le doublement du montant des compensations financières déjà versées par un groupe chimique américain, à 1,1 milliard de dollars. Dans cette requête, le gouvernement a cité deux entreprises américaines: Union Carbide, et Dow Chemical, qui a racheté l'usine en 1999. Il a également cité un groupe indien, Eveready, qui avait racheté une part de l'usine d'Union Carbide en 1994.