A base de canne à sucre, la bouteille en bioplastique a le vent en poupe

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Totalement recyclable et permettant de réduire de 75% les émissions de gaz à effet de serre lors de sa production, la bouteille en bioplastique, à base de canne à sucre, a le vent en poupe. Et des bacs à ordure dans la même matière vont aussi faire leur apparition dans certaines villes. Ecover, pionnier depuis 30 ans sur les produits écologiques d'entretien et lessives, vient d'opter pour des bouteilles 100% polyéthylène (PE) à base de canne à sucre pour la quasi totalité de sa gamme.

Cela représente 20 millions de bouteilles par an soit près de 1.000 tonnes de bioplastique aux qualités identiques au plastique traditionnel à base de pétrole. Le géant américain Procter and Gamble inclut depuis 2010 une part de ce PE vert dans le plastique des bouteilles de shampoing d'une de ses marques. Idem pour le groupe français Danone, dont la bouteille de Volvic est fabriquée avec 30% de cette composante végétale.

«Avant, avec le plastique à base de pétrole, la fabrication de notre bouteille de 500 ml se traduisait par l'émission de 95 g de CO2, avec la nouvelle ces émissions sont réduites à 28 g par bouteille», indique Mick Bremans, PDG d'Ecover. Le bilan carbone de ce matériau naturel non fossile est avantageux dès la coupe de la canne à sucre, qui a déjà absorbé du CO2 durant sa croissance, contrairement au pétrole.

La canne à sucre ne prend pas la place des cultures vivrières

Autre argument avancé par les écologistes, la canne à sucre ne prend pas la place des cultures vivrières car elle pousse souvent dans des champs impropres à d'autres végétaux utilisés dans l'agro-alimentaire. La question s'était posée lors de l'engouement des Américains pour le bioéthanol de maïs avec pour conséquence la flambée des prix des céréales. Mais «ce bioplastique est 100% recyclable plusieurs fois et dans les mêmes usines que le plastique fait avec du pétrole», note Tom Domen, directeur commercial international d'Ecover.

Quelques bémols toutefois: les granules de ce PE vert, produites par le leader mondial Braskem, font des milliers de kilomètres depuis le Brésil pour être transformées en Europe en bouteilles. Et puis le polyéthylène vert coûte 30% plus cher que le plastique normal.

«C'est dû au fait qu'il n'y a pratiquement qu'un seul producteur, le Brésil, mais avec le temps il y aura de la concurrence et donc un moyen de réduire le prix», explique à l'AFP Michel Kempinski, président de Plastic Omnium Environnement, une société française qui vient de lancer le premier bac à ordures roulant en PE à base de canne à sucre. Le choix de ce matériau s'est imposé, selon lui, pour «ne plus être dépendant des quantités de pétrole produites ni du prix fluctuant du brut».

Les premiers bacs début juin à Valenciennes

Les premiers bacs écologiques devaient aussi être installés début juin à Valenciennes. D'autres villes, sensibles à l'emprunte carbone des infrastructures dans les écoles et administrations publiques, ont déposé des demandes. «D'une manière générale, dans le cadre des stratégies de développement durable, la meilleure tendance reste celle de la suppression de l'emballage, possible avec l'éco-recharge», souligne Elisabeth Laville, du cabinet conseils Utopies.

Alors qu'en Suisse et Belgique le recours aux éco-recharges, ou vente en vrac, est ancré dans les habitudes des consommateurs, la France en est encore loin. «C'est pratiqué par les magasins Biocoop, Yves Rocher, certaines pharmacies et récemment le parfumeur Thierry Mugler qui a créé des fontaines à parfums où l'on peut recharger ses flacons.» A l'exception du groupe Auchan, qui offre un rayon «self-discount» proposant des produits d'entretiens et d'alimentation en vrac, «la grande distribution est généralement réfractaire», selon elle.