Les pays riches délocalisent leur CO2

CLIMAT La baisse des émissions de gaz à effet de serre de l'Europe pourrait n'être qu'un trompe-l'oeil...

avec Reuters

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Fumée d'une cheminée d'usine, à Pékin, en Chine.
Fumée d'une cheminée d'usine, à Pékin, en Chine. — Alexander F. Yuan/AP/SIPA

Pour faire baisser les émissions dans son pays, on va polluer plus loin. Selon une étude publiée ce lundi par le Centre d'Oslo pour la recherche internationale sur le climat et l'environnement, la délocalisation de certaines industries dans des pays en développement contribue davantage à la réduction des émissions de gaz à effet de serre recensée dans les pays riches que les mesures prises par ces derniers pour combattre le changement climatique. Ce rapport, réalisé par des experts américains, allemands et norvégiens, relève que les transferts cachés d'émissions des pays émergents vers les pays riches, dus aux exportations, sont passés de 400 millions de tonnes de CO2 en 1990 à 1,6 milliard de tonnes en 2008.

Les Etats-Unis redeviennent le premier émetteur de CO2

Les pays riches profitent en effet d'un mode de calcul des Nations unies qui recense uniquement les émissions sur le territoire national. Par exemple, les émissions de gaz à effet de serre causées par la construction d'une voiture en Corée du Sud seront imputées à la Corée du Sud, même si la voiture est destinée à être exportée en Europe.
Ainsi, la délocalisation vers des pays tels que la Chine ou l'Inde d'usines fabriquant des télévisions, des réfrigérateurs, de l'acier ou des vêtements a masqué depuis 1990 l'augmentation des émissions imputables aux pays développés où ces produits sont consommés, relève l'étude. Si l'on considère les émissions territoriales, la Chine a été le premier émetteur en 2008, devant les Etats-Unis, l'Inde, la Russie et le Japon. Si l'on tient compte de la consommation, les Etats-Unis sont en tête devant la Chine, l'Inde, le Japon et la Russie.

L’empreinte carbone plutôt que les émissions sur le territoire

Aux termes du protocole de Kyoto, près de quarante pays industrialisés doivent, entre 2008 et 2012, réduire leurs émissions de gaz à effet de serre d'au moins 5,2% par rapport aux niveaux de 1990. «Les pays développés qui ont pris des engagements dans le cadre de Kyoto, ont fait part d'une stabilisation de leurs émissions d'un point de vue territorial, par rapport à 1990, a déclaré Glen Peters, qui a dirigé l'étude. Mais lorsque vous incluez les importations, les émissions sont en augmentation».

Les chercheurs, dont l'article paraît dans la revue américaine Proceedings of the National Academy of Science préconisent un mode de calcul différent par les Nations unies qui traduise la consommation ou «l'empreinte carbone» de chaque pays, plutôt que sa production. Globalement, d'après les mesures des Nations unies, les émissions de CO2 dans le monde sont passées de 21,9 milliards de tonnes en 1990 à 30,3 milliards de tonnes en 2008. Les émissions des pays développés se sont dans l'ensemble stabilisées au cours de cette période tandis que celles des pays pauvres doublaient. Les émissions provenant de la production de produits et de services exportés ont représenté en 2008 26% du total des émissions de CO2 dans le monde.