La lamproie remonte les estuaires pour pondre, et souvent mourir dans la foulée
La lamproie remonte les estuaires pour pondre, et souvent mourir dans la foulée — GILLES ARROYO/20MINUTES

PECHE

La lamproie grouille dans les eaux de la Dordogne et la Garonne

L'espèce s’est bien reconstituée, contrairement à l'alose, et semble résister au réchauffement des eaux du Golfe du Gascogne...

Des filets grouillants de lamproies palpitent au fond du bateau. Parti de Cadillac à huit heures du matin, ce jeudi, Laurent Bajolle, pêcheur professionnel installé à Pujol-sur-Ciron, n’a pas perdu sa matinée: en deux heures de pêche et quatre coups de filets, il a sorti de l’eau une cinquantaine de kilos de poissons. Encore une bonne année pour la lamproie: «C’est comme ça depuis quinze jours, à chaque marée», constate le pêcheur. Le geste est sûr, mais la flamme n’y est pas.

«On était encore une centaine il y a trois ans. Aujourd’hui, il ne reste qu’une cinquantaine de professionnels sur la Garonne et la Dordogne», déplore Laurent Bajolle. Et pour cause: à part la lamproie, il n’y a plus grand-chose à mettre dans les filets. En 2009, un moratoire a suspendu la pêche à l’alose pour cinq ans, le temps que l’espèce se reconstitue. Quant à l’anguille, elle est interdite de pêche cette année, par mesure de précaution. Des PCB (polychlorobiphényles), substances «probablement cancérigènes», selon le ministère du développement durable, ont été détectés dans leur chair.

La lamproie a beau être très abondante depuis cinq ans, contrairement à l’alose, «les ventes couvrent à peine les charges», assure Laurent Bajolle. En dix ans, les prix au détail ont dégringolé de 20 à 8 euros.

La lamproie telle qu’on la connaît aujourd’hui est apparue il y a environ 300 millions d’années. Comme le Nautile, cet animal marin qui fréquente les fleuves uniquement pour se reproduire, elle est un «fossile vivant». Après être née en rivière, la lamproie grandit pendant 5 ans dans la mer. Une fois arrivée à maturité sexuelle, elle remonte les estuaires pour pondre et mourir le plus souvent dans la foulée. C’est à ce moment-là qu’on la pêche. Pour l’heure, les scientifiques ne sont pas inquiets pour la survie de l’espèce: «la population se comporte bien et a même tendance à augmenter depuis une dizaine d’années», note Catherine Taverny, de l’Institut de recherche en sciences et technologies pour l’environnement (Cemagref) Aquitaine. Si le réchauffement des eaux du Golfe de Gascogne ne semble pas l’incommoder, la prudence reste de mise: «la lamproie s’est adaptée depuis des millions d’années. Mais son seuil d’adaptation pourrait être atteint, si les changements sont trop rapides», ajoute la scientifique.