Un poisson décomposé sur une plage de Waveland, dans le Mississippi, en juillet 2010 après la marée noire dans le golfe du Mexique.
Un poisson décomposé sur une plage de Waveland, dans le Mississippi, en juillet 2010 après la marée noire dans le golfe du Mexique. — REUTERS/Lee Celano

POLLUTION

Marée noire: Un lourd bilan pour l'environnement

Les côtes du Golfe du Mexique mettront du temps à se relever de la fuite survenue sur la plateforme pétrolière de BP...

Le 20 avril 2010, la plateforme Deepwater explosait en plein Golfe du Mexique, répandant des millions de litres de pétrole dans l’océan. Pendant plusieurs mois, les tentatives pour reboucher le puits se sont avérées infructueuses et il a fallu attendre le 19 septembre pour que l’étanchéité soit assurée. Pendant ces cinq mois, l’équivalent de quatre millions de barils de pétrole s’est répandu sur les côtes américaines, polluant plus de 1.700 km de zones marécageuses et de plages. Un an après, le bilan est lourd pour la nature dans le Golfe du Mexique.

Oiseaux, tortues et poissons durement touchés

Selon le US Fish and wildlife service, plus de 6.000 oiseaux sont morts, parmi lesquels 2.200 ont été retrouvés englués dans le pétrole. Près de 600 tortues de mer ont péri. La population de thons rouges, qui se reproduit seulement dans le nord du Golfe du Mexique, était en pleine période de reproduction au moment de la catastrophe: les naissances ont sans doute diminué de 20%.
Les gardes-côtes ont également recensé 153 dauphins échoués sur les côtes, mais hormis pour huit d’entre eux sur lesquels des traces de pétrole ont été retrouvées, on ignore encore s’ils ont été victimes ou non de la marée noire. La moitié des dauphins échoués étaient des nouveau-nés, ou bien des prématurés, ou morts-nés, selon des chiffres fournis par l'Administration nationale américaine océanique et atmosphérique (NOAA). Ces dauphins avaient été conçus au moment de la marée noire, selon Moby Solangi, président de l'Institut d'étude des mammifères marins, à Gulfport, dans le Mississipi.

Dans de nombreux cas, la marée noire a aggravé des facteurs qui menaçaient déjà l'environnement. Les zones humides, par exemple, jouent un rôle de barrière naturelle contre les vagues dévastatrices provoquées par les tempêtes; mais depuis plusieurs décennies, l'extension de l'industrie pétrolière et d'autres facteurs en ont réduit la superficie. Dans la baie Jimmy, une zone de reproduction des crevettes, poissons et huitres au sud de La Nouvelle-Orléans, les marais portent encore les stigmates de la marée noire: dans certaines zones desséchées, le pétrole suinte du sol.

Les fonds marins plus noirs que jamais

Samantha Joye, chercheuse à l’université de Géorgie, a déclaré avoir découvert en décembre dernier une épaisse couche de pétrole mélangée à des cadavres de poissons et de coquillages sur une surface de plus de 7.500 km2. Selon la NOAA, il reste encore environ 100km de côtes polluées, sur les 1.600 qui avaient été touchés plus ou moins gravement. Les opérations de nettoyage pourraient être achevées en 2012, mais la NOAA craint que la saison des ouragans qui approche ne fasse remonter à la surface du pétrole enfoui sous le sable.

Malgré tout, les dégâts subis par l'environnement semblent moins catastrophiques que les pires prévisions, selon certains habitants et experts. «C'est un abominable gâchis, mais ce n'est pas la fin du monde, estime Edward Overton, qui enseigne les sciences de l'environnement à l'université de l'Etat de Louisiane à Baton Rouge. Certains pensaient que ce serait la fin du Golfe pour des décennies, mais ce n'est absolument pas le cas», ajoute-t-il. «Les pêcheurs craignent toujours qu'il reste du pétrole au fond du Golfe. Mais nous n'avons pas de moyen de nous en assurer», explique Errol Voisin, directeur de l'usine de produits surgelés Lafitte Frozen Foods, en Louisiane, alors que va commencer la saison de la pêche aux crevettes.

De son côté, BP se veut rassurant: «Nous sommes absolument convaincus que l'eau est saine, dit Mike Utsler, cadre supérieur chez BP. Les habitants et les touristes nous disent que les plages n'ont jamais eu meilleur aspect, les fruits de mer sont sains et délicieux et j'entends dire que la pêche est excellente elle aussi ces temps-ci.»