Repas maigre pour les vaches suisses pour cause de sécheresse persistante

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Les vaches suisses habituées aux verts et tendres pâturages ont bien peu à brouter en cette saison pascale, en raison d'une sécheresse qui sévit depuis plusieurs semaines, déjà considérée comme la plus sévère depuis des décennies dans certaines régions de la Confédération.

"C'est vraiment assez sec: pendant tout l'hiver, il a manqué de neige... on manque vraiment d'eau", s'inquiète Urs Vogt, le gérant de l'association Vache mère Suisse, rejoignant le flot des voix qui s'inquiètent de la situation dans le pays.

Car les météorologues helvétiques sont formels: sur les douze derniers mois, la sécheresse dans l'ouest du pays est telle que seules lui sont comparables celles de 1884, 1921 et, dans une moindre mesure 1976, explique Météosuisse.

Dans l'est, le manque de pluie préoccupe aussi. En Haute-Engadine, pour la station alpine de Sils-Maria, il s'agit du début d'année le plus sec depuis 1864, début de la période de mesure en Suisse.

Les conséquences pour l'agriculture sont directes, en particulier pour les célèbres vaches charnues. "Une fois qu'elles ont mangé la première herbe, les prairies repoussent peu", relève M. Vogt.

Du coup, les éleveurs se voient obligés de donner des compléments aux ruminantes, "du foin, des herbes sèches, de l'ensilage de maïs", explique Andreas Muenger, scientifique à la station de recherche Agroscope de l'Office fédéral de l'agriculture.

Mais pour combien de temps?, s'interrogent les éleveurs qui puisent dans des stocks qui ne sont pas infinis.

De plus, le manque actuel d'herbe dans les champs "limite la production de stocks de fourrage pour l'hiver prochain", poursuit M. Muenger soulignant qu'habituellement "à cette époque de l'année il y a trop d'herbe", ce qui offre aux éleveurs "la possibilité de faire des conserves (d'herbes) pour l'hiver" suivant.

M. Muenger tempère toutefois: si la situation reste "critique", elle "n'est pas encore catastrophique" car le printemps ne fait que commencer. Ainsi, l'herbe n'est pas encore "brûlée" comme lors de l'été caniculaire de 2003, et les éleveurs suisses n'ont pas encore eu besoin de recourir à des stocks d'herbe à l'étranger.

Reste que la pluie se fait toujours attendre, les cours d'eau se tarissent et les lacs voient leur niveau baisser significativement.

Sans compter que les températures sont trop "chaudes" pour la saison, selon les experts. "Habituellement les températures maximales sont de 14 et là elles sont de 23-25", détaille Olivier Duding, météorologue à Météosuisse.

Et, pour ces prochains jours, les météorologues ne prévoient que de rares précipitations orageuses sur les reliefs.

"Ce n'est pas cela qui va mettre fin à l'état de sécheresse", estime M. Duding.

Pour lui, "il faudrait qu'il tombe au moins plusieurs centaines de millimètres d'eau répartie sur plusieurs jours -- au moins 100 à 200 --" pour que la sécheresse disparaisse. Soit "idéalement trois à quatre jours de bonnes pluies" pour compenser la faible pluviométrie du début de l'année.

Jusqu'à la première quinzaine d'avril, il est ainsi tombé nettement moins de la moitié des précipitations habituelles sur la plupart des régions suisses. A Genève, par exemple, le temps n'a jamais été aussi sec en ce début d'année depuis 1953.

A moins d'un renversement majeur de situation, "l'année 2011 est bien partie pour figurer sur le podium des plus importantes sécheresses depuis 1864", prédit ainsi le météorologue.