Le liège veut redorer son blason écologique

FORETS L'Année internationale des forêts est l'occasion pour les industriels du liège de rappeler ses qualités naturelles...

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Bouchons en liège.
Bouchons en liège. — JAUBERT/SIPA

Produit naturel, recyclable, biodégradable, résistant au feu et étonnant puits de CO2: le chêne-liège, dont 70% de l'écorce finit en bouchons appréciés depuis la Grèce antique, reste peu exploité en France malgré toutes ses qualités. En cette année internationale de la forêt, les professionnels de cette essence ont tenu à redorer son image. «Beaucoup trop de choses fausses ont été dites, comme le fait qu'il faudrait couper les arbres pour lever le liège», souligne Jean-Marie Aracil, président de la Fédération française du liège. «D'autres disent que le bouchon en liège est un matériau ringard et qu'il faut passer à quelque chose de plus moderne, tout ça ce sont des contre-vérités», ajoute-t-il.

Le chêne-liège absorbe 30% de CO2 de plus qu’un autre arbre

Au 4e siècle avant JC déjà, le philosophe grec Théophraste s'émerveillait de la faculté de cet arbre à «renouveler son écorce quand elle lui est retirée». Et c'est justement cette particularité qui permet au chêne-liège exploité «d'absorber jusqu'à 30% de plus de CO2 qu'un autre arbre», précise Louis Amandier, ingénieur au CRPF-PACA, le Centre régional de la propriété forestière. Ainsi une tonne de liège peut absorber deux tonnes de CO2 et n'en émet que 1,6 tonne. Par comparaison, selon les professionnels du liège, une tonne d'aluminium, dont sont faites les capsules modernes à vis, produit douze tonnes de CO2 «et n'en absorbe aucune». Dans le cas du Portugal, premier producteur mondial de liège avec plus de 52% des 299.500 tonnes produites par an, le carbone capté représente près de 5% des émissions de CO2 du pays.

Et l'usine de production de cette matière spéciale, c'est la forêt. Son bilan carbone est neutre car il n'est besoin d'aucune énergie polluante pour fabriquer du liège, l'arbre s'en charge et offre tous les neufs ans une nouvelle écorce utilisable. En outre, les subéraies (forêts de chêne liège) abritent un écosystème de 117 espèces animales et végétales répertoriées. «Les subériculteurs qui lèvent le liège entretiennent la forêt et la débroussaillent ne serait-ce que pour accéder au pied des arbres pour l'écorçage», rappelle Eric Rigolot, ingénieur à l'Inra d'Avignon.

Adopter la «liège attitude»

La France, qui ne produit que 1,2% du liège mondial, surtout sur des petites propriétés privées, a subi de plein fouet l'arrivée de la concurrence portugaise, espagnole et du Maghreb à la main d'oeuvre bien meilleur marché, entraînant une chute des cours de cette matière première écologique. La production mondiale s'est élevée à plus de 17 milliards de bouchons, générant un chiffre d'affaires de 1,7 milliard d'euros en 2008, selon les derniers chiffres disponibles. Un bouchon coûte entre 0,02 et 2 euros aux viticulteurs.

Cependant l'engouement des Français, dont neuf sur dix préfèrent le bouchon de liège à tout autre système pour leur bouteille de vin (sondage Ipsos avril 2010), a redonné de l'espoir. Les professionnels et l'Institut Méditerranéen du liège ont lancé une pétition auprès des Français et garantissent la plantation, à leurs frais, d'un nouvel arbre dans les Pyrénées-Orientales pour chaque tranche de 10 signatures. Le signataire, lui, s'engage à une «liège attitude» dans le choix de ses bouteilles de vin et à faire l'effort du recyclage du bouchon. Sur ce dernier point, la France accuse encore un grand retard par rapport à l'Allemagne ou même la Belgique qui chacune recyclent déjà 10% de leurs bouchons, utilisés pour confectionner parquets, isolants, semelles de chaussures, meubles design, voir des oeuvres d'art.