Espagne: Les terres de Don Quichotte bercées par le chant des éoliennes

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En pleine campagne espagnole, sur les terres de Don Quichotte, une centaine d'éoliennes plantées parmi arbustes et bottes de foin balaient le ciel jour et nuit, fournissant l'électricité nécessaire à 600.000 personnes.

Ces 104 colosses de 80 mètres de haut, surmontés de pales de 40 mètres de long, composent la deuxième plus grande ferme d'éoliennes d'Espagne, un pays aujourd'hui parmi les leaders mondiaux en matière d'énergies renouvelables, éolienne en particulier.

Elles fonctionnent jour et nuit

Maranchon, commune de Castille-la-Manche à 150 km de Madrid, qui avait fait fortune au début du 20e siècle grâce au commerce de mules, a été choisie pour héberger ce site où le géant de l'énergie Iberdrola assure avoir pris toutes les garanties pour protéger la faune et la flore.

Une ligne à haute tension a été tirée jusque là. Le village est aujourd'hui bercé par le ronronnement des aérogénérateurs. Jour et nuit, des techniciens veillent à leur bon fonctionnement.

«Ce parc produit 2.300 à 2.400 heures d'électricité par an, ce qui est une bonne moyenne», explique Fernando Marchan, responsable régional d'Iberdrola Renovables. L'énergie fournie par ces éoliennes, d'une puissance de 2 mégawatts chacune, permet de réduire de 430.000 tonnes par an les émissions de CO2, assure Iberdrola.

L'Espagne: premier producteur d'énergie éolienne

Forte d'amples zones peu habitées et de bonnes conditions climatiques, l'Espagne entière s'est engouffrée depuis les années 1990 dans le développement de l'éolien, aides publiques à l'appui.

Vingt ans plus tard, elle est le premier producteur d'énergie éolienne en Europe, devant l'Allemagne. Au niveau mondial, elle arrive derrière les Etats-Unis et la Chine.

Et pour la première fois de l'histoire, en mars, le vent a été la première source d'électricité en Espagne, couvrant 21% de la demande, devant le nucléaire (19%).

Un essor fulgurant pour les énergies renouvelables

En quelques années, les énergies renouvelables ont connu un essor fulgurant. En mars, elles ont couvert 42,2% de la demande d'électricité, grâce aussi aux bonnes performances de l'énergie hydraulique.

Si le solaire reste résiduel, avec 2,6% de la production en mars, des entreprises espagnoles sont là aussi à la pointe.

Des parcs d'énergie thermosolaire

A Sanlucar la Mayor, près de Séville dans le sud, le soleil brille 200 jours par an. Le groupe de BTP et énergie Abengoa y a inauguré en 2007 deux grands parcs d'énergie thermosolaire.

Depuis les collines en surplomb, on distingue les halos lumineux dégagés par près de 1.900 miroirs de 120 m2 chacun, qui reflètent les rayons du soleil sur deux grandes tours.

«La chaleur du récepteur permet de chauffer un fluide à haute température» qui génère «de la vapeur pour faire fonctionner une turbine», souligne le responsable du site, Valerio Fernandez. Ces miroirs produisent l'électricité nécessaire à 15.000 foyers.

Le développement semble s'essoufler

Alors que le débat sur le nucléaire est relancé par l'accident de Fukushima au Japon, les écologistes réclament une Espagne dépendant à 100% des renouvelables.

Mais leur développement semble s'essoufler: le gouvernement, empêtré dans la crise économique, a prévu de réduire les aides au secteur (-35% pour l'éolien jusqu'en 2013) et a parallèlement prolongé la durée de vie de plusieurs centrales nucléaires vieillissantes.

Les petites sociétés reprochent en outre aux grands groupes, partageant leurs activités entre énergies renouvelables et traditionnelles, de faire pression sur le gouvernement pour freiner le développement les «énergies vertes» et conserver ainsi leur pré carré. En attendant, les géants comme Iberdrola, Acciona ou Abengoa, multiplient les contrats à l'étranger où ils sont souvent leaders et bénéficient de conditions, économiques ou réglementaires, plus favorables.