Dans les coulisses de la certification bio

ALIMENTATION Comment être sûr que les aliments bio n'ont pas été traités avec des pesticides?

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Du fromage bio, portant le label AB (agriculture biologique).
Du fromage bio, portant le label AB (agriculture biologique). — SIMON ISABELLE/SIPA

On n'a jamais mangé autant «bio», mais comment être sûr que les pommes et le vin labellisés qui arrivent sur nos tables n'ont pas reçu de pesticides? C'est la tâche des organismes de certification, acteurs majeurs de la «crédibilité» d'une filière en croissance continue. «C'est notre rôle de faire le lien entre le producteur et le consommateur, de faire en sorte que ce lien de confiance et de traçabilité ne se rompe pas», relève William Vidal, président fondateur d'Ecocert, leader français de la certification «bio» en France, qui délivre 65% des certificats «AB» attestant qu'un produit alimentaire est issu de l'agriculture biologique.

Produits locaux et importés soumis aux mêmes contrôles

Cinq organismes sont agréés en France pour inspecter les opérateurs --producteurs, transformateurs, importateurs et distributeurs-- et veiller à leur conformité avec le règlement européen qui régit le secteur depuis 1991. «Il y a un contrôle par an, a minima, à tous les étages de la filière», explique Cécile Lepers, déléguée générale du Synabio, un syndicat regroupant environ la moitié des transformateurs et distributeurs «bio». Les consommateurs «ont besoin d'être assurés que, puisqu'ils paient leur produit relativement cher, il est bien conforme à leurs attentes», note-t-elle. «Ils veulent un produit bon pour leur santé, totalement exempt de résidus de pesticides et d'OGM (organismes génétiquement modifiés)». «Il n'y a pas de produit dont on attend plus qu'un produit biologique», affirme-t-elle.

Les ventes de produits «bio» ont augmenté de 10% en 2010 en France, les produits les plus consommés étant les fruits et légumes, les produits laitiers et les oeufs, selon le bilan de l'Agence Bio, l'organisme français en charge de promouvoir le «bio». Les achats se font d'abord en grande et moyenne surface (48% du chiffre d'affaires) et en magasin spécialisé (42%), selon Synabio. Tous les produits alimentaires «bio», qu'ils viennent d'un agriculteur local ou qu'ils soient importés, répondent au même cahier des charges, rappelle-t-on du côté des certificateurs.

Les traces d’OGM sont très rares dans le bio

«Sans regard extérieur, il n'y a pas de crédibilité du produit, et nous sommes nous-mêmes en permanence audités», souligne Patrick Rosset, responsable de la certification agricole pour l'organisme Certipaq. Le passage par la case certification implique pour les opérateurs un contrôle annuel auquel s'ajoutent des inspections supplémentaires en cas de possibles risques de fraudes ou d'«écarts» avec la réglementation. «Plus il y a de risques, plus on met la pression. On multiplie les visites, on fait des recoupements. Cela peut aller jusqu'à six ou sept fois», précise William Vidal pour Ecocert, qui intervient aujourd'hui dans 90 pays.

Les sojas «bio» importés d'Amérique du sud ou de Chine pour l'alimentation animale figurent en tête des produits particulièrement surveillés, en raison des risques de contamination avec des cultures OGM, autorisées dans ces pays. La réglementation européenne tolère une présence de 0,9% de traces d'OGM dans le «bio», mais uniquement si la contamination est «fortuite et techniquement inévitable», rappelle Michel Reynaud, vice-président d'Ecocert en charge de la certification internationale. La difficulté pour les certificateurs, quand des traces sont détectées, consiste donc à déterminer si l'opérateur concerné a fait tout ce qui était possible pour éviter cette contamination. Selon Michel Reynaud, il est très rare qu'un produit contenant plus de 0,1% d'OGM soit certifié.