Un pont qui fait de l'ombre au Riesling

AGRICULTURE Un viticulteur allemand de la vallée de la Moselle craint qu'un pont autoroutier ne nuise à ses vignes...

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Vignes en pente dans la vallée de la Moselle, en Allemagne.
Vignes en pente dans la vallée de la Moselle, en Allemagne. — ANGOT/SIPA

La famille d'Axel Pauly produit du vin dans la vallée de la Moselle depuis 13 générations, mais le vigneron craint qu'un immense pont autoroutier ne vienne faire de l'ombre à son Riesling. Les viticulteurs de cette région au sud-ouest de l'Allemagne se battent contre la construction d'un viaduc qui enjambera la Moselle, coulée de béton dans un spectaculaire paysage de vignobles où les plants, alignés au cordeau, dévalent en cascades des coteaux escarpés jusqu'à cet affluent du Rhin.

Ils ont obtenu le soutien d'oenologues de renom qui partagent leur inquiétude de voir les travaux autoroutiers déstabiliser le fragile écosystème, dont les schistes ardoisiers se prêtent à merveille à l'irrigation au goutte à goutte, un des secrets de ce terroir. «Mes clients me disent que si on ne se bat pas pour protéger un tel environnement naturel, cela veut dire que cela n'en vaut pas la peine et que nos produits ne valent pas grand-chose», explique à l'AFP Axel Pauly, 57 ans, en contemplant les entailles faites au bulldozer, au-dessus de son vignoble, qui annoncent le tracé d'une autoroute à quatre voies.

Un «monstre de ciment» haut de 158 mètres

Ce «monstre de ciment» pourrait avoir des conséquences catastrophiques pour le système naturel d'irrigation des coteaux abrupts où dès l'antiquité romaine on produisait du vin. Le Riesling, vin blanc fruité, s'exporte dans le monde entier. «C'est choquant de voir comment les hommes politiques allemands sont prêts à laisser détruire un de leurs plus précieux biens culturels», s'insurge Hugh Johnson, un oenologue britannique, dans les pages d'un journal allemand.

Les discussions portant sur l'établissement d'un point de passage sur la Moselle vont bon train depuis au moins 1968, lorsque les troupes d'occupation américaines avaient appelé à la construction d'une voie rapide pour mieux relier leurs bases dans la région. Les années qui ont suivi ont été marquées par des séries d'études, des procédures judiciaires, et des révisions à répétitions du projet. La construction de l'autoroute, un tronçon de 25 km reliant deux axes plus anciens mais qui ne se croisent pas, et dont le coût est estimé à 330 millions d'euros, a finalement démarré l'an dernier. Le point d'orgue des travaux doit être la construction d'un viaduc géant, long de 1,7 kilomètre et haut de 158 mètres, qui enjambera, sur 10 piliers, deux collines.

250 millions d’euros déjà alloués au projet

Des élections régionales le mois dernier dans l'Etat de Rhénanie-Palatinat ont toutefois confirmé la montée en puissance des Verts, qui devrait former un gouvernement de coalition avec les sociaux-démocrates (SPD). «Je pense que les partis sont maintenant prêts à étudier une solution qui se passerait du pont et du large axe routier», affirme, optimiste, Georg Laska, 52 ans, porte-parole pour ProMosel, le groupe opposé au viaduc. Le ministère régional de l'Economie fait toutefois remarquer que 250 millions d'euros ont déjà été alloués au projet, ce qui rendrait son annulation particulièrement coûteuse. Le groupe ProMosel conteste ces chiffres.

Les partisans du projet soulignent que le viaduc permettra de soulager le trafic autoroutier dans la région. «De meilleures liaisons dans les transports aideront l'ensemble de l'économie, pas seulement un segment de celle-ci», affirme Walter Kunsmann, 65 ans, président de la commission pour la promotion de l'économie locale. Pour Berhard Simon, 31 ans, dont la famille exporte de la viande, la construction du viaduc n'offrira pas que des désavantages, même pour l'environnement. «Tous les jours mes camions doivent négocier les routes raides de la vallée de la Moselle», alors que le viaduc permettra de réduire à la fois le bruit, la pollution, et la circulation dans les petits villages, souligne-t-il.