Les entreprises voient l'avenir en vert

ECONOMIE Deux cent chefs d'entreprises se sont rassemblés lundi et mardi autour du rapport sur l'économie verte du programme des Nations unies pour l'environnement...

Audrey Chauvet

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Un employé de La Poste à bord de l'une des premières voitures électriques mises en service par le groupe, le 05 octobre 2010 à Saint-Etienne.
Un employé de La Poste à bord de l'une des premières voitures électriques mises en service par le groupe, le 05 octobre 2010 à Saint-Etienne. — AFP PHOTO/PHILIPPE DESMAZES

L’économie verte, une opportunité pour les entreprises? Réunies pour discuter les conclusions du rapport du PNUE (Programme des Nations unies pour l’environnement), les entreprises ont pu échanger leurs motivations et leurs expériences pour «verdir» leur business.  Loin de représenter un coût supplémentaire, les solutions durables peuvent être un moyen de pérenniser l’activité des entreprises… à condition de changer leur manière de calculer.

L’économie verte, un investissement plutôt qu’un coût

«L’argent est là, il faut l’organiser.» Pavan Sukhdev, Conseiller Spécial pour l’Initiative Economie Verte du PNUE, a écarté, dès l’ouverture du congrès qui s’est tenu lundi et mardi à Paris au siège de La Poste, l’excuse financière que certaines entreprises ont pu utiliser par le passé pour justifier leur inertie face aux enjeux du développement durable. L’heure est au changement de modes de calcul: «L’économie verte est un investissement plutôt qu’un coût, explique Patrick Widloecher, conseiller du Président du groupe La Poste. La lutte contre le changement climatique ne s’oppose pas à l’économie, c’est au contraire une garantie de son efficacité et de sa pérennité.»

A La Poste, les évolutions réglementaires ont été anticipées dans une optique verte: le groupe a ainsi investi dans des véhicules électriques pour délivrer le courrier dans les futurs centres-villes «verts» et les zones interdites aux véhicules polluants. Mais pour faire accepter ces investissements aux directeurs financiers, il faut trouver les arguments qui touchent le portefeuille: «Un véhicule vert coûte plus cher à l’achat mais il faut leur expliquer qu’on fera des économies sur le carburant, témoigne Patrick Widloecher. On constate aussi qu’il y a en moyenne 60% d’accidents en moins avec des véhicules électriques, ce qui équivaut à six jours d’absence par salarié qui seront économisés. Quand on intègre ça au coût du véhicule, ça devient intéressant financièrement.»

Penser rentabilité à long-terme

Derrière cette expérience se cache une notion bien connue des économistes: les externalités. Ces «coûts cachés» ont longtemps été ignorés des entreprises, qui souhaitent maintenant les voir intégrés dans les calculs financiers: «Si nous avons des outils de mesure communs pour l’empreinte carbone, l’usage de l’eau ou l’impact sur la biodiversité, nous pourrons mieux nous comparer et intégrer ces nouvelles données dans les bilans», explique Katrina Destrée Cochran, directrice des initiatives CSR (responsabilité sociétale) chez Alcatel-Lucent.

«La raison d’être d’une entreprise n’est pas de sauver la planète mais de créer de la valeur, rappelle Patrick Widloecher. Mais il faut aujourd’hui penser rentabilité à long-terme». Un changement culturel dans les entreprises et surtout dans la communauté des investisseurs qui vont avoir besoin de nouveaux tableaux de bord pour juger de la solidité d’un business. 

Le rapport sur l’économie verte, enrichi par les expériences des entreprises, sera porté par les Nations unies auprès des décideurs du monde entier et servira de base de travail au Sommet de Rio en 2012.