Comment l'azote nous coûte 700 euros par an et six mois de vie

POLLUTIONS L'azote utilisé dans les engrais se répand dans l'atmosphère, les sols et les eaux, provoquant une pollution néfaste à la santé...

A.C.

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Des prélèvements sont réalisés à chaque marée verte en Bretagne afin de mesurer le taux d'azote contenu dans les algues, ici à Douarnenez en juillet 2010.
Des prélèvements sont réalisés à chaque marée verte en Bretagne afin de mesurer le taux d'azote contenu dans les algues, ici à Douarnenez en juillet 2010. — ZEPPELIN/SIPA

Pollution atmosphérique, contamination des eaux et des sols par les nitrates, nuisances sur la biodiversité… L’azote coûte très cher aux Européens. Une étude menée par 200 experts dans 21 pays évalue l’impact des pollutions liées à l’azote entre 70 et 320 milliards d’euros par an en Europe, soit  entre 140 et 730 euros par citoyen européen. Plus inquiétant, l’azote pourrait être responsable d’un raccourcissement de six mois de la durée de vie moyenne en Europe.

L’azote, un engrais nécessaire mais qui a des effets secondaires

«L’azote est absolument essentiel pour le bien-être humain. Le challenge est de savoir comment en conserver les bénéfices tout en minimisant les impacts négatifs», explique le professeur Bob Watson, responsable de l’agence de l’environnement et de l’alimentation britannique (Defra). Utilisé comme engrais, l’azote a permis d’accroître la productivité agricole et de nourrir un plus grand nombre de personnes. Mais ses effets «secondaires» sur les sols et les eaux coûtent cher en dépenses de santé et d’assainissement des eaux.

Lorsqu’il est répandu sur le sol, l’azote s’infiltre en profondeur et se transforme en nitrates et en ammoniac. Les nitrates polluent durablement les nappes phréatiques et les cours d’eaux, menaçant les poissons et rendant l’eau plus longue à retraiter dans les usines d’assainissement.

Lorsqu’il est émis dans l’atmosphère, l’azote peut causer des troubles tels que l’asthme voire contribuer au développement de cancers. Il est également à la source du protoxyde d’azote, un puissant gaz à effet de serre dont le pouvoir de réchauffement global sur cent ans est 310 fois plus élevé que le CO2.

Manger moins de viande, une solution?

Même si l’utilisation d’azote a ralenti depuis quelques années, «il faut aller plus vite pour éviter ces dégâts sur l’environnement», avertit Bob Watson. Selon les chercheurs, nos choix alimentaires pourraient être un puissant levier: «La quantité de bétail et de protéines que nous choisissons de consommer est un facteur critique», explique le docteur Mark Sutton, du Centre britannique pour l’écologie et l’hydrologie. Sans inciter les gens à devenir végétariens, les scientifiques expliquent que les engrais utilisés pour faire pousser les aliments destinés au bétail pourraient être réduits avec une baisse de la consommation de viande.