Nathalie Kosciusko-Morizet: «Le gaz de schiste comme aux Etats-Unis, c'est inenvisageable en France»

INTERVIEW Dans un entretien exclusif à 20 Minutes, la ministre de l'Environnement revient sur les sujets brûlants du moment...

Propos recueillis par Mickaël Bosredon
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La ministre de l'Environnement Nathalie Kosciusko-Morizet, le 6 avril 2011 dans les jardins du ministère
La ministre de l'Environnement Nathalie Kosciusko-Morizet, le 6 avril 2011 dans les jardins du ministère — A.GELEBART/20MINUTES

Vous vous êtes rendus au Japon avec le Président de la République la semaine dernière. Quel était le but de ce déplacement?

Le Japon vient de connaître la catastrophe naturelle la plus tragique depuis 1945. Ma mission sur place a consisté notamment à créer des contacts pour une éventuelle coopération avec les Japonais dans le domaine du nucléaire. Nous avons tous à apprendre de l’accident nucléaire grave de Fukushima. Nous leur avons proposé de l’aide, sur la gestion du pompage et du traitement de l’eau contaminée par exemple. Le commissariat à l’énergie atomique (CEA) a développé des technologies à l’occasion du démantèlement de nos centrales les plus anciennes, comme les éolithes, genre d’argile artificiel que l’on trempe dans l’eau contaminée et sur lequel les molécules viennent s’accrocher. Ou encore la phytoremédiation, qui consiste à concentrer la radioactivité du sol dans les racines de certaines plantes. Des experts du CEA et d’Areva travaillent dans les locaux de Tepco au Japon et sont prêts à apporter leur aide.

Vous avez rencontré le Premier ministre japonais sur place. Que vous a-t-il dit?

Il est inquiet de voir son pays rejeté à cause de cette menace nucléaire. Il demande que l’on ne mette pas le Japon au ban des nations, notamment au niveau du commerce international, car alors la reconstruction du pays serait très difficile.

Le président de la République a redit cette semaine qu’il n’était pas question que la France sorte du nucléaire. Il n’y aura donc pas de révision du programme d’énergie renouvelable? 

Le grenelle de l’Environnement prévoit déjà de faire passer la part des Energies renouvelables de 10% à 23% en 2020. Et dans certains domaines nous ferons plus que la cible, comme pour le photovoltaïque, où nous avons atteint dès 2010 l’objectif du Grenelle fixé pour fin 2012 et l’objectif fixé pour 2020 sera probablement atteint dès 2015. Comme quoi nous sommes loin de la mort de la filière comme cela a pu être dit. Au final si on peut faire plus que 23%, on le fera, mais cela dépend de beaucoup de paramètres, comme le prix des équipements, que nous ne maîtrisons pas totalement à l’heure actuelle.

Mais le nucléaire restera la principale source d’énergie électrique ces prochaines années?

On ne peut pas remplacer tout le nucléaire par des énergies renouvelables. Cela représenterait un investissement de 300 à 400 milliards d’euros, et il faudrait couvrir 18% du territoire d’éoliennes… Surtout, pour assurer la stabilité du réseau électrique, il faut de l’énergie de base. Les énergies renouvelables autre que l’hydraulique sont, elles, intermittentes. Le remplacement des centrales nucléaires ne pourrait se faire que par des centrales à gaz, à charbon ou au fioul, mais il y en aurait pour 30 milliards d’euros d’investissement, cela augmenterait la facture énergétique de la France de plus de 40%, et multiplierait les émissions de CO2 du secteur par huit. Chaque énergie porte ses inconvénients et selon moi il n’y a qu’une bonne énergie, c’est celle qu’on ne consomme pas. Nous nous sommes donné comme objectif une diminution de 38% de la consommation des bâtiments d’ici à 2020, et une amélioration de l’efficacité énergétique de 20%. Et à mon avis nous pouvons aller bien au-delà.

Comment?

Nous venons de lancer par exemple un programme de lutte contre la précarité énergétique, pour les personnes qui consacrent plus de 10% de leurs revenus à la facture énergétique. Avec les fournisseurs d’énergie et les conseils généraux, le gouvernement met en place un fonds d’1,35 milliard d’euros pour financer les travaux chez les personnes concernées, jusqu’à 80% du coût des travaux. Cela leur permettra de faire des économies considérables et pérennes.

Vous avez annoncé que 2011 serait l’année de la « concrétisation » du grenelle de l’environnement. Que va-t-il se passer?

Nous avons créé un site sur lequel est recensé tout ce qui est en train de se concrétiser. Pèle-mêle, quelques exemple :le PTZ+, qui remplace l’ancien prêt à taux zéro. Il est plus performant car il prend désormais en compte la qualité énergétique du bien immobilier acheté. A partir du mois de juillet vous allez voir apparaître des étiquettes environnementales, qui donneront des indications sur l’impact environnemental du produit. Nous rendrons disponible cet automne aux particuliers cet automne un kit, d’un prix d’environ 15 €, pour mesurer la qualité de l’air intérieur. Nous avons également lancé la procédure pour l'écotaxe poids lourds qui consiste à mettre en place une taxe pour les poids lourds qui circulent sur les axes les plus fréquentés hors autoroutes.

Une fronde est en train de monter en France contre l’exploitation des gaz de schiste. Vous avez décidé un moratoire et lancé une mission d’évaluation sur le sujet. Pensez-vous que l’on se dirige vers l’abandon de tout projet?

Je suis très réservée sur les projets d’exploitation de gaz de schiste, en raison notamment de la technique de fracturation hydraulique, risqué pour l’environnement au regard de l’expérience américaine. Je pense qu’il aurait fallu lancer cette mission d’évaluation, qui donnera lieu à un rapport d’étape mi-avril, avant de délivrer des autorisations d’exploration. Il y a pour moi deux certitudes aujourd’hui : d’une part le code minier n’est plus adapté, il faut le renforcer du côté de la consultation des populations et j’ai proposé des modifications qui seront déposées au Parlement la semaine prochaine. D’autre part sur l’exploitation des gaz de schiste, la façon dont cela s’est passé aux Etats-Unis, où l’on a vu une dévastation importante du paysage, et des risques importants pour l’environnement, est inenvisageable et inacceptable en France.