Le Japon change de statut dans les négociations sur le climat, pour un temps

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Il y a trois mois, le Japon rejetait sans appel le Protocole de Kyoto et faisait vaciller les négociations sur le climat. Tokyo est toujours aussi ferme mais, crise nucléaire oblige, les critiques se sont tues. Pour l'instant.

"Aujourd'hui, personne ne critique directement le Japon", confie à l'AFP Akira Yamada, négociateur japonais aux pourparlers sur la lutte contre le réchauffement de la planète, qui ont repris dimanche à Bangkok.

Et au premier jour de la conférence de l'ONU, l'allocution du vice-ministre japonais en charge des Affaires environnementales, Hideki Minamikawa, a été la seule applaudie par les délégués des gouvernements du monde entier.

Une atmosphère aux antipodes de celle qui régnait en décembre à Cancun, au Mexique, pour la grand'messe annuelle du climat: dès la cérémonie d'ouverture, le Japon avait opposé un "non" franc et massif à un nouvelle période d'engagement du Protocole de Kyoto, jetant un froid sur les négociations.

Car la question de l'avenir de ce traité légalement contraignant, qui fixe des objectifs chiffrés de réduction de gaz à effet de serre (GES) aux pays industrialisés, est des plus sensibles.

Les pays en développement exigent une seconde période d'engagement après la première, qui expire fin 2012, au nom de la "responsabilité historique" des pays riches dans le changement climatique.

Or Tokyo, comme d'autres pays dont la Russie, ne veut plus se lier les mains. Pour les Japonais, ce traité signé en 1997 est injuste et inefficace car il n'engage pas les deux plus grands pollueurs de la planète (40% des émissions globales de GES): la Chine et les Etats-Unis qui ne l'ont jamais ratifié.

"Nous n'avons pas changé de position et n'en changerons pas!", assure M. Yamada, trois mois plus tard.

La situation au Japon ne facilite en rien un assouplissement éventuel de sa position, estime un négociateur européen, qui a requis l'anonymat.

"Ils sont face à des choix énergétiques difficiles chez eux (avec un possible recours à plus d'énergies fossiles pour compenser la perte de capacité nucléaire, ndlr), qui vont les rendre encore plus frileux à l'égard d'une deuxième période de Kyoto", juge-t-il.

M. Yamada reconnaît que les récentes catastrophes en série qui ont frappé son pays "ont un tel impact sur l'économie, la demande et l'offre en matière d'énergie, que de nombreuses décisions politiques vont être réexaminées", y compris celles prévoyant un objectif de réduction, sous certaines conditions, de 25% des émissions de GES d'ici 2020.

Un chiffre qui "dépendait notamment de la construction de nouvelles centrales nucléaires", relève Naoyuki Yamagishi du WWF, qui redoute aussi que "la grande incertitude dans laquelle se trouve le Japon le rende plus rigide dans les négociations".

Par ailleurs, souligne le négociateur européen, la situation dramatique dans laquelle se trouve le pays "va peut-être nous gêner pour mettre la pression sur les Japonais, ce qu'on aurait peut-être essayé de faire un peu plus".

Mais en attendant, la question de l'avenir de Kyoto reste entière.

Elle avait finalement été évacuée par une formule ambiguë dans l'accord de Cancun, après avoir plané comme une épée de Damoclès sur tous les pourparlers.

D'ici le prochain grand rendez-vous climat à Durban (Afrique du sud), fin 2011, "les gouvernements doivent trouver comment résoudre cette question" qui est "fondamentale", a lancé lundi la responsable ONU pour le climat, Christiana Figueres.

Le temps presse, a-t-elle ajouté, et un "vide" juridique après la première période d'engagement "semble de plus en plus inévitable".

Pour Akira Yamada, la pression s'exercera alors à nouveau sur son pays. "Dans deux ou trois mois...", dit-il, dans un large sourire.