Allemagne: l'empire du nucléaire contre-attaque

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Etonnamment silencieux depuis l'arrêt forcé des plus vieux réacteurs nucléaires allemands, le lobby de l'atome a finalement décidé de contre-attaquer et de poursuivre en justice cette décision du gouvernement Merkel.

Le premier à dégainer a été le numéro deux du secteur RWE, considéré comme le plus ardent partisan du nucléaire en Allemagne.

Il a annoncé vendredi avoir porté plainte contre la fermeture forcée de l'un de ses réacteurs.

"Les centrales nucléaires allemandes remplissent les conditions de sécurité en vigueur. Il manque un fondement juridique pour leur arrêt", a fait valoir le groupe.

Le gouvernement allemand avait ordonné il y a deux semaines la mise à l'arrêt pendant au moins trois mois des sept plus vieux réacteurs du pays pour un examen approfondi de leur sécurité, à la lumière de la catastrophe de Fukushima au Japon.

Cette décision concerne deux réacteurs de RWE, Biblis A et Biblis B, en Hesse (ouest). Le réacteur Biblis B se trouvant déjà coupé pour maintenance, l'arrêt forcé ne concerne que Biblis A.

Le numéro un allemand de l'énergie EON, dont deux réacteurs sont concernés par le "moratoire", a lui décidé de ne pas porter plainte directement.

Mais selon la presse il pourrait attaquer le gouvernement sur un autre aspect, à savoir l'entrée en vigueur en janvier d'une taxe sur le combustible nucléaire.

Cette taxe est considérée comme une compensation des industriels en contre-partie de l'allongement de douze ans de la durée de vie de leurs 17 réacteurs nucléaires, accordée l'an dernier par la coalition conservateurs/libéraux emmenée par la chancelière Angela Merkel suite à une campagne forcenée du lobby nucléaire.

Mais désormais ce sursis est incertain, et par ailleurs il semble acquis selon certaines médias que les huit centrales à l'arrêt n'auront jamais l'autorisation de redémarrer.

Si RWE et EON montrent les dents, les deux autres opérateurs de réacteurs nucléaires en Allemagne, Vattenfall Europe et EnBW, sont hors-jeu.

"Nos deux plus vieux réacteurs nucléaires sont à l'arrêt depuis quatre ans pour des raisons techniques. De facto nous ne sommes donc pas concernés par le moratoire", a dit à l'AFP un porte-parole de Vattenfall Europe, filiale du groupe public suédois Vattenfall.

Le groupe public régional EnBW semble lui paralysé depuis l'arrivée au pouvoir dimanche dans l'Etat régional du Bade Wurtemberg (sud-ouest) où il est situé des Verts, qui vont désormais présider à ses destinées.

Dans un premier temps EON et RWE avaient préféré attendre que l'émotion suscitée par la catastrophe japonaise retombe un peu.

Mais la trêve est finie et selon de nombreux juristes RWE a des chances de voir aboutir sa plainte.

"Le fondement juridique choisi par le gouvernement est très problématique", explique à l'AFP Martin Morlok, professeur de droit à l'université de Düsseldorf (ouest).

"Il s'appuie sur un article de loi selon lequel il doit exister +un danger immédiat pour la vie des personnes+ nécessitant de fermer un réacteur. D'une part ce danger immédiat n'est pas prouvé, et d'autre part si un réacteur est jugé dangereux, il faut le fermer définitivement, pas seulement pour trois mois", estime le juriste, en concluant que "les chances des plaignants ne sont pas mauvaises."

Le gouvernement s'est contenté vendredi de "prendre note" de la démarche de RWE. La société "a le droit de porter plainte", a reconnu le porte-parole de la chancelière Angela Merkel. Mais la retenue d'EON est nettement plus du goût de Berlin, a fait savoir le ministre de l'Environnement Norbert Röttgen.