Renoncer à faire des enfants pour la planète, l'étrange combat des femmes «ginks»

TENDANCE Une chroniqueuse américaine a lancé un mouvement féministe et écologiste: ne pas faire d'enfants pour limiter la pression sur l'environnement...

Audrey Chauvet

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Bébés à la maternité.
Bébés à la maternité. — SINTESI/SIPA

Après les «bobos» et les «nimby», la sphère écolo accueille une nouvelle tendance: les «ginks», comme «Green inclined, no kids» (engagement vert, pas d’enfant). Lancée par l’américaine Lisa Hymas sur son blog childfreefeminist (féministe sans enfant), cette tendance pourrait connaître un fort retentissement  avec la sortie du livre de Stefanie Iris Weiss, chroniqueuse au Huffington Post. Dans  Eco-Sex: Go Green Between the Sheets and Make your Love Life Sustainable (Devenez écolo sous les draps et rendez votre vie amoureuse durable), elle explique pourquoi les femmes ont intérêt à ne pas procréer pour le bien de la planète.

«Même s'il s'agit d'un renoncement énorme, on ne peut nier que la surpopulation contribue au changement climatique, écrit Stefanie Iris Weiss. J'ai donc pris la décision de ne pas ajouter un enfant de plus à cette planète.» A l’horizon 2050, la population mondiale s’élèvera à neuf milliards d’habitants, faisant peser une pression forte sur l’environnement pour nourrir et fournir de l’eau à tout le monde. Réguler la natalité apparaît comme une solution pour alléger le poids qui pèse sur la planète.

Le niveau de vie a plus d’influence que la démographie

 Une théorie qui mérite toutefois d’être relativisée: le chroniqueur britannique George Monbiot rapporte ainsi les résultats d’une étude publiée dans le journal Environment and Urbanization, selon laquelle les régions où la population a augmenté le plus rapidement sont celles où les émissions de CO2 se sont élevées le plus lentement, et inversement. «De 1980 à 2005, l’Afrique sub-saharienne est à l’origine de 18,5 % de la croissance de la population mondiale et seulement de 2,4 % de l’augmentation des émissions de CO2. L’Amérique du Nord ne représente que 4 % des nouvelles naissances, mais 14 % des émissions supplémentaires», écrit-il.

Le niveau de vie semble donc beaucoup plus influer sur les émissions de CO2 que la démographie. Neuf milliards de personnes adoptant le mode de vie américain seraient insoutenables pour la planète, mais une meilleure répartition des ressources et une diminution de la consommation pourraient être plus efficaces qu’une politique de restriction des naissances.  «Il y a de fortes raisons sociales pour aider les peuples à maîtriser leur démographie, mais pas du point de vue environnemental - sauf pour les populations plus aisées», explique George Monbiot.

«Une décision plus réfléchie»

Si les Ginks revendiquent la liberté de ne pas avoir d’enfants, y voyant un moyen pour les femmes d’avoir «une carrière professionnelle plus épanouissante, l'occasion de développer nos talents propres, de faire du sport, de dormir suffisamment, d'avoir du temps pour soi et pour les autres», elles se prononcent toutefois en faveur de l’adoption et souhaitent que la maternité soit «le fruit d'une décision plus réfléchie et plus consciente de la réalité dans laquelle nous vivons».