Centrales françaises: l’ASN planche sur un retour d’expérience après Fukushima

Mickaël Bosredon

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La centrale nucléaire de Tricastin, en septembre 2010.
La centrale nucléaire de Tricastin, en septembre 2010. — Claude Paris/AP/SIPA

La sûreté des centrales

La situation des centrales françaises est «plutôt satisfaisante» a estimé mercredi 30 mars André-Claude Lacoste, président de l’Autorité de sûreté nucléaire, lors de la remise du rapport 2010 sur l’état de la sûreté nucléaire et de la radioprotection en France. Il a été procédé à 1.964 inspections de réacteurs durant l’année, dont 925 inopinés, et il a été relevé 1.107 incidents dont 140 de niveau 1 sur l’échelle Ines, et trois de niveau 2.

Toutefois l’ASN considère qu’EDF doit «mieux anticiper un certain nombre d’actions de maintenance et de remplacements de composants. De telles décisions trop tardives ont pu conduire EDF à présenter à l’ASN des dossiers pour justifier un maintien en fonctionnement en mode dégradé. Ces dossiers n’ont pu être jugés acceptables par l’ASN. Ce mode de gestion n’est ni efficace ni optimisé. Par exemple le remplacement tardif des générateurs de vapeur du réacteur 3 de la centrale du Bugey, après la découverte d’une corrosion importante sur l’un d’entre eux, a conduit à un arrêt du réacteur pendant vingt mois.»

L’ASN a rappelé par ailleurs qu’elle a entamé en 2009 les troisièmes visites décennales des réacteurs de 900 MW, avec Tricastin 1 et Fessenheim 1. Elles s’achèveront en 2020 avec ceux de la centrale de Chinon. «Les centrales neuves sont plus sûres que les anciennes, du moins à leur départ, et nous n’accepterons plus sur le territoire de centrales ne correspondant pas à la génération III » a rappelé André-Claude Lacoste. «Cela étant dit nous poursuivons les inspections des centrales les plus anciennes dans le but de vérifier que la sûreté n’y est pas dégradé, et de regarder ce qui peut être encore amélioré.»

La gestion des déchets radioactifs

Cela a été un gros sujet de crispation en 2010 entre EDF et l’Andra, l’Agence nationale des déchets radioactifs. Une loi de 2006 a confié à l’Andra le soin de présenter un projet de stockage géologique profond pour les déchets radioactifs à haute activité et à vie longue, dont les plus anciens sont actuellement entreposés dans une piscine de refroidissement à l’usine de La Hague (Manche). L’Andra s’est à ce jour décidé sur un site à 500 mètres de profondeur à Bure (Haute-Meuse). Mais le coût du projet a dû être réévalué: de 15 milliards d’euros au départ, il pourrait atteindre le double. EDF, qui au nom du principe pollueur-payeur devra financer ce site à hauteur de 80%, a proposé un contre-projet. Moins cher. Cela a conduit les députés Claude Birraux et Christian Bataille à adresser un «rappel à la loi» à EDF au tout début de l’année 2011. Ils s’alarmaient que la sécurité des projets d’enfouissement soit remise en cause «au nom de la rentabilité à court terme.» L’ASN a néanmoins annoncé ce mercredi qu’un médiateur serait nommé entre l’Andra et EDF. Situation «astonishing» a lâché Claude Birraux…

Les leçons à tirer de Fukushima

Matignon a demandé à l’ASN de lui fournir un audit des centrales françaises, à la suite de l’accident de Fukushima. Celui-ci sera construit autour de cinq points: le risque sismique, le risque inondations, le risque de perte d’alimentation électrique, de refroidissement pas assuré et de gestion de crise. «Personne ne peut garantir qu’il n’y aura jamais d’accident nucléaire en France» a répété André-Claude Lacoste. «Nous devons commencer à évaluer un retour d’expérience à la lueur de ce qu’il s’est passé au Japon. Ils ont mis en place un périmètre d’évacuation de 20km autour de la centrale, ce qui a été plutôt réussi, il faut voir si nous serions en mesure de faire la même chose. Par ailleurs ne faudrait-il pas d’ores et déjà envisager la création d’un dépôt centralisé de secours électrique en cas de gros pépin, et remonter les postes de secours sur les falaises pour les centrales côtières ?»