S3D, l’entreprise qui valorise les graisses animales, récompensée par Actine Stratégies

INNOVATION Cette jeune société nantaise développe un système de valorisation des graisses brulées qui peut servir à fournir de l’énergie à des usines…

Guillaume Frouin et Mickaël Bosredon.

— 

Anthony Kerihuel, président de la société S3D, qui valorise les graisses animales.
Anthony Kerihuel, président de la société S3D, qui valorise les graisses animales. — F.ELSNER/20MINUTES

La remise des Prix Actine Stratégies a eu ce lieu ce mercredi à Innovact, forum européen de la jeune entreprise innovante, qui se tenait à Reims. Parrainé par le ministère de l’Ecologie ce prix, à l’initiative de l’agence conseil en développement durable Actine Stratégies, récompense depuis trois ans des innovations et des initiatives durables d’entreprises, d’associations et de citoyens. Un jury composé de journalistes et d’institutionnels, auquel 20 Minutes a participé cette année, examine plusieurs dizaines de candidatures dans les domaines du traitement de l’eau, des transports, de l’énergie ou des déchets. Rencontre avec le lauréat de cette édition, l’entreprise S3D, basée à Nantes.

S3D (Solutions pour les Déchets et le Développement Durable) est une PME de neuf ingénieurs, spécialisée dans la valorisation énergétique des déchets organiques (bois, fientes de volailles…). Elle a reçu le premier prix d’Actine Stratégies pour son système ValorFat qui transforme en biocarburant les eaux et graisses récupérées lors de la cuisson… des andouilles. Une première fabrique artisanale, à Guémené-sur-Scorff (Morbihan), vient d’être équipée le mois dernier.

Une conséquence de la «vache folle»

Le biocarburant ainsi formé fait tourner un générateur, qui couvre les besoins en chaleur et en électricité de l’usine bretonne. «Avant, l’industriel payait des prestataires pour être débarrassés de ces graisses animales, qui étaient ensuite transformées en cosmétiques ou en huiles techniques, explique Anthony Kerihuel, président de S3D. Maintenant, ils gagnent de l’argent avec.» Les excédents d’électricité, reversés sur le réseau EDF, lui sont en effet rachetés.

Le concept a été imaginé par ce Breton de 32 ans lors de sa thèse à l’Ecole des mines de Nantes (EMN), entre 2003 et 2007, alors que l’industrie agro-alimentaire croulait sous les stocks de graisses animales interdites après la crise de la «vache folle». Son biocarburant, qui lui a permis de faire tourner un moteur diesel sans avoir à le modifier, rejette au final «50% de particules et d’oxydes d’azote de moins que le gasoil».

Une vingtaine d’usines ciblées

Après l’avoir breveté dès 2005, Anthony Kerihuel s’associe en février 2007 à un collègue, Luc Gerun, spécialisé lui dans la gazéification du bois et de la paille. Un ami d’enfance, David Guianvarch, les rejoint alors comme responsable administratif et financier de «S3D», alors tout juste créée. Une première subvention ministérielle de 150.000€, complétant leurs emprunts bancaires, va ainsi leur permettre de réaliser un premier prototype dans une fabrique d’andouilles, «Maillard la Bainaise», au Grand-Fougeray (Ille-et-Vilaine). Aujourd’hui, la France compte une vingtaine d’usines de ce type. Toutes, potentiellement, pourraient être équipées de ValorFat.

Bixente Lizarazu a reçu la mention spéciale du jury Actine Stratégies pour son action citoyenne. Retrouvez son témoignage dans la vidéo ci-dessous (vidéo : Stéphane Berstein, Actine Stratégies).

Si vous n'arrivez pas à lire cette vidéo allez ici