Japon: Que peut-il encore se passer à Fukushima?

NUCLEAIRE Quelles suites possibles dans la centrale et ses environs?

Audrey Chauvet

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La ville dévastée de Sendai, au Japon, le 25 mars 2011 après le séisme et le tsunami qui ont frappé le pays.
La ville dévastée de Sendai, au Japon, le 25 mars 2011 après le séisme et le tsunami qui ont frappé le pays. — AP/SIPA

Alors que la situation reste «imprévisible» à la centrale nucléaire de Fukushima selon le Premier ministre japonais Naoto Kan, les suites du tsunami qui a entraîné l’arrêt des systèmes de refroidissement restent encore difficiles à déterminer. 20minutes.fr fait le point sur ce à quoi on peut s’attendre au Japon.

Les réacteurs ne pourront plus être utilisés

Tokyo Electric Power, opérateur de la centrale nucléaire de Fukushima-Daiichi, a considéré mercredi qu'il devrait inévitablement renoncer à utiliser ses réacteurs 1 à 4 dans le futur. L’utilisation d’eau de mer corrosive pour refroidir les réacteurs, qualifiée d’«acte de désespoir» par des spécialistes américains de l'atome, a rendu les réacteurs inutilisables.
Le président Tsunehisa Katsumata a précisé que l'entreprise écouterait l'avis du gouvernement et des riverains avant d'éventuellement redémarrer les réacteurs 5 et 6, considérés comme maîtrisés, et son autre centrale de la région, Fukushima-Daini.

La fumée va continuer à s’élever

Selon l’IRSN (Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire), des rejets atmosphériques de vapeur contaminée persistent au-dessus de la centrale de Fukushima. Tant que les réacteurs ne seront pas totalement refroidis, des fumées s’échapperont des cuves et formeront un nuage radioactif qui se déplace dans l’atmosphère.
Mercredi matin, c’est l’autre centrale de Fukushima, Fukushima-Daini, qui a dégagé de la fumée durant quelques minutes au-dessus du réacteur n°1. Cette fumée provenait d'un tableau électrique, a dit l'Agence japonaise de sûreté nucléaire.

La zone sera fermée

Pour André-Claude Lacoste, président de l’ASN (Autorité de sûreté nucléaire), «en fonction de l’étalement de la radioactivité, la gestion de ces territoires sera difficile durant des années, voire des décennies. La centrale, elle, est un site perdu.» Alors qu’à Tchernobyl un périmètre de 30 km reste interdit 25 ans après l’accident, la région de Fukushima pourrait être également sinistrée pendant des décennies.

Lundi, l’ASN avait expliqué que des «taches de contamination» radioactive étaient présentes «bien au-delà» de la zone de sécurité de 30 km autour de la centrale japonaise de Fukushima. «Il n'est pas du tout étonnant qu'on trouve ici ou là des contaminations bien au-delà d'un rayon de 100km», avait déclaré André-Claude Lacoste.

L’environnement va porter les traces de la radioactivité

Les sols et les eaux autour de Fukushima risquent d’être longtemps porteurs de radioactivité et de contaminer durablement les aliments. Le gouvernement japonais a déjà interdit la vente de certains légumes verts et de lait cru dans la région de la centrale après la découverte de niveaux de contamination radioactive supérieurs à la normale. Le ministère de la Santé a également renforcé les contrôles sur les poissons et mollusques pêchés le long des côtes.

Selon Tepco et l'Agence de sûreté nucléaire (ASN), la radioactivité relâchée dans la mer se dilue avec les marées, et le risque sur les algues et les animaux marins ne serait pas important. «Les algues et les poissons concentrent l’iode mille fois plus que l’eau, explique à 20minutes.fr David Boilley, physicien et président de l’Acro (Association pour le contrôle de la radioactivité dans l’Ouest). Mais l’iode n’ayant qu’une durée de vie de huit jours, au bout de dix semaines il n’y  aura plus qu’un millième de la radioactivité actuelle dans l’océan et les animaux marins.» Toutefois, l’absence d’études sur les impacts de la radioactivité sur la faune et la flore impose de rester prudent sur les conséquences de l’accident.