Allemagne: la vague Verte renforce la pression sur l'industrie de l'atome

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Le récent triomphe électoral des écologistes allemands accroît la pression sur l'industrie de l'atome de ce pays, déjà mise à mal après la catastrophe de la centrale japonaise de Fukushima.

Officiellement, les géants de l'énergie RWE, Vattenfall et EON, tous opérateurs de centrales nucléaires, refusaient de commenter les scrutins du Bade-Wurtemberg et de Rhénanie-Palatinat (ouest), où les partis de la coalition au pouvoir ont subi une cinglante défaite dimanche.

Il n'empêche: la chancelière conservatrice Angela Merkel, tout en rappelant qu'elle était "partisane de l'usage pacifique du nucléaire", a insisté dès le lendemain des élections pour que le changement de politique énergétique "arrive plus vite".

"Nous devons renoncer plus rapidement à l'atome que ce qui était prévu", a renchéri l'un des barons de son parti chrétien-démocrates (CDU), le chef du gouvernement régional de Basse-Saxe (nord), David McAllister.

Les Libéraux (FDP), grands perdants de ces élections régionales et partenaires minoritaires dans la coalition de Mme Merkel, font désormais savoir, par la voix de leur secrétaire général Christian Lindner, qu'ils prônent une fermeture définitive des sept réacteurs les plus anciens du pays, mis à l'arrêt pour l'instant pour trois mois après l'accident au Japon.

Un changement de ton de la part de cette formation proche des entrepreneurs: quelques jours avant le vote, le ministre libéral de l'Economie Rainer Brüderle avait indiqué, selon des rapports de presse, que le moratoire de trois mois sur les centrales décidé après Fukushima était une décision électoraliste.

"La pression sur l'industrie du nucléaire est encore montée d'un cran après le scrutin de dimanche", estimait Claudia Kemfert, analyste d'un des grands instituts de recherche économique allemand, DIW.

La bourse de Francfort ne s'y est pas trompée: lundi, les actions des groupes d'énergie verte montaient en flèche.

"On ne va pas en rester au moratoire", prédisait un haut responsable d'un des grands groupes énergétiques allemands au quotidien Süddeutsche Zeitung, mardi.

Ironie de l'histoire: la majorité des actions d'EnBW, l'électricien le plus dépendant de l'atome en Allemagne, est depuis le scrutin dans le Bade-Wurtemberg dimanche aux mains du premier chef de gouvernement régional écologiste de l'histoire du pays.

"Nous sommes convaincus que EnBW travaillera bien et de façon constructive avec le nouveau gouvernement et va ainsi pouvoir continuer à développer l'approvisionnement énergétique du pays", a déclaré son patron, Hans-Peter Villis, dans un courriel à l'AFP.

Le président du directoire de cette ancienne filiale du français EDF, qui possède quatre centrales et a jusqu'ici très peu investi dans l'énergie renouvelable, a refusé de commenter plus en détail les résultats de ce scrutin qui a mis fin à 58 ans de règne CDU.

Les géants de l'énergie allemands ne comptent en tous les cas pas se plier aux décisions du gouvernement fédéral sans réagir.

RWE et EON ont tout deux indiqué à l'AFP qu'ils évaluaient actuellement les conséquences du moratoire sur les centrales, ce qui pourrait aboutir à une contestation juridique de leur part.

Ils indiquent aussi que leurs actionnaires pourraient porter plainte contre eux pour ne pas avoir suffisamment défendu les revenus de l'entreprise.

Selon un calcul récent de l'hebdomadaire Der Spiegel, l'arrêt pour trois mois des centrales pourrait coûter à tous les groupes allemands au total un demi-milliard d'euros.