Il faut sauvegarder l'ylang-ylang pour que Mayotte reste "l'île aux parfums"

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"Les seules limites de l'ylang sont celles de notre imagination". Hassani Souleimana a l'enthousiasme de ses 24 ans et de multiples projets pour vivre de l'exploitation de "la fleur des fleurs", symbole en perdition de l'île de Mayotte.

Alors que l'huile essentielle de cette fleur aux longs pétales en lanières et au parfum envoûtant était une culture de rente importante dans les années 70, la production exportée a chuté de 40 à 3 tonnes en 2010, en raison de la concurrence féroce des Comores et de Madagascar.

Devant son alambic en acier inoxydable, dans un hangar au milieu de son exploitation de Ouangani (centre), Hassani explique l'équation insoluble.

Il possède 1.100 arbres répartis sur quatre hectares à flancs de coteaux. Chaque arbre fait l'objet d'un étêtage quatre fois par an pour garder les branches à hauteur de cueillette, et le désherbage, trois fois pas an, ne se fait qu'à la main, "sans aucun intrant chimique", précise le jeune homme.

Pour lancer une distillation, qui dure 24 heures, il faut 100 kg de fleurs fraîches: les ouvrières les plus expérimentées cueillent jusqu'à 5 kg par heure soit 4.000 fleurs à maturité. "C'est énorme!", insiste-t-il.

Les différentes huiles - de l'extra dont les parfumeurs se servent pour les notes de tête à la troisième qui servira de simple base -- sont achetées à divers tarifs, durement négociés par les intermédiaires. Le produit d'une distillation complète ne lui rapporte au total qu'environ 250 euros.

"Avec le salaire des cueilleuses, l'entretien et l'amortissement de l'alambic, le pétrole pour le chauffer et mon propre salaire, on ne s'en sort pas ! Voilà pourquoi l'ylang meurt à Mayotte", soupire Hassani.

Après avoir vu son père "travailler comme un fou et finir tous les mois endetté", le jeune homme a "voulu valoriser différemment la production", fort de ses idées et d'un BTS en gestion d'entreprise.

Il organise des journées "découverte" payantes pour expliquer le travail sur l'ylang, a ouvert une boutique au port de Mamoudzou où il distribue sa production mais aussi de l'artisanat local, et a trouvé un partenaire métropolitain pour développer une ligne de cosmétiques (huiles de massage, lait hydratant, lotion après soleil, huile anti-moustiques, etc.) aux normes européennes et 100% naturel, en attendant le label bio.

Cette diversification est au coeur du projet de pôle d'excellence rurale (PER) soutenu par la Direction de l'alimentation, de l'agriculture et des forêts (Daaf) de Mayotte.

Tous les partenaires engagés (producteurs, mairie, conseil général...) attendent le verdict qui doit tomber en avril: s'ils obtiennent le label, les financements suivront.

"L'ylang est en sursis", analyse Céline Gay, ingénieure agronome à la Daaf. "Il faut que ça devienne rentable, les producteurs ne garderont pas l'ylang juste pour qu'on continue à appeler Mayotte +l'île aux parfums+". Ils sont encore 380 producteurs, avec en moyenne 1,5 ha d'ylangueraie.

Parmi les défis à relever, deux s'imposent: changer l'image de l'ylang auprès des Mahorais eux-mêmes, qui se sont détournés de ce dur labeur agricole, et régler le problème de la main-d'oeuvre.

Les cueilleuses sont quasi exclusivement comoriennes et leur situation irrégulière est un secret de Polichinelle.

Guerlain en avait fait les frais, après avoir acheté en 1995 une vingtaine d'hectares à Combani (centre): l'inspection du travail avait effectué des contrôles dans ses plantations et trouvé des travailleuses clandestines. Le parfumeur a revendu son exploitation en 2002.