Le film «Gasland» sort en salle en plein débat sur les gaz de schiste

DOCUMENTAIRE Le film américain, qui sort en salle le 6 avril, retrace les ravages des gaz de schiste sur l'environnement et la santé...

© 2011 AFP

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Un extrait de Gasland, le documentaire de Josh Fox sur la fracturation hydraulique
Un extrait de Gasland, le documentaire de Josh Fox sur la fracturation hydraulique — DR

Désormais célèbre pour la scène où un homme met le feu à l'eau de son robinet, Gasland, documentaire sur les ravages du gaz de schiste aux Etats-Unis, débarque sur les écrans français avec des images chocs qui alimenteront encore le débat sur le recours à cette énergie. Le film de Josh Fox sort le 6 avril dans une trentaine de villes, souvent pour des projections organisées par des militants anti-gaz de schiste, suivies de débats, a indiqué à l'AFP le distributeur Kanibal. Une avant-première est organisée le 31 mars au Conseil régional d'Ile-de-France, et le film sera diffusé le 4 avril sur Canal +.

L’eau du robinet s’enflamme

Des animaux qui perdent leurs poils, une femme qui décrit son eau «devenue marron comme de la boue avec un goût de métal», un autre qui y voit «des bulles»... Le film, nominé aux Oscar, est une charge contre la fracturation hydraulique, méthode abondamment exploitée aux Etats-Unis pour faire jaillir ce gaz prisonnier de la roche. Cette technique implique l'injection sous forte pression de grandes quantités d'eau et de produits chimiques dans le sous-sol pour y fracturer les roches. Une aberration écologique, selon ses détracteurs, qui dénoncent les contaminations des nappes phréatiques. Et le clou du film est cet homme qui, en approchant son briquet de l'eau qui coule de son robinet, fait jaillir après quelques secondes une énorme flamme. Un cas qui s'est produit à plusieurs endroits aux Etats-Unis.

La diffusion du document «va permettre à une certaine partie de la population, notamment parisienne, qui ne serait pas encore au courant du problème des gaz de schiste, d'en prendre conscience», explique à l'AFP l'un des instigateurs du collectif Stop au gaz de schiste, Guillaume Vermorel. En revanche, chez les militants, le documentaire, sorti en 2010, est déjà culte. Une version courte de 22 minutes, «libre de droit» assure Guillaume Vermorel, circule depuis des mois dans les réunions publiques où il a été vu par des milliers de personnes. «Ce film a été très, très, très important pour la mobilisation. C'est ce qui a fait prendre conscience aux gens de ce problème. On doit énormément à Josh Fox», assure ce militant de l'Ardèche, l'une des régions où un permis d'exploration de gaz de schiste a été octroyé.

Un film «truffé de contre-vérités» pour les industriels du pétrole

En attendant, une version longue et largement diffusée semble en inquiéter certains. Ainsi, l'Amicale des foreurs et des métiers du pétrole a pris les devants en envoyant une lettre ouverte aux députés, avant un débat en séance publique à l'Assemblée nationale ce mardi sur cette question. «Les opposants à la recherche des gaz et pétroles de schistes se réfèrent généralement au documentaire Gasland», écrit l'Amicale. Le film est «fort bien fait mais malheureusement truffé de contre-vérités», poursuit-elle, joignant à la lettre un argumentaire fouillé qui assure notamment que «les accidents» sont «presque toujours liés à une mauvaise cimentation des cuvelages dans les puits et non à la technique de fracturation».

Depuis quelques années, les Etats-Unis sont devenus les champions de l'exploitation du gaz non conventionnels (gaz de schiste et gaz des réservoirs compacts) qui représentent quasiment la moitié de leur production totale de gaz. En France, devant la fronde des associations et élus locaux, le gouvernement a suspendu toutes les opérations de prospection de gaz et huile (pétrole) de schiste, et sommé les industriels de «prouver» qu'ils peuvent forer «autrement qu'à l'américaine». D'ici la remise, le 31 mai, d'un rapport sur l'impact environnemental de ces techniques, aucune opération de fracturation hydraulique ne doit être menée.