A la Criirad, des scientifiques indépendants scrutent le panache radioactif

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A la Criirad, Commission de recherche et d'information indépendantes sur la radioactivité, à Valence, des scientifiques surveillent le passage du panache radioactif en provenance du Japon, dont les retombées sont a priori négligeables en France métropolitaine.

La standardiste de la Criirad, assaillie de demandes d'informations, amène à son président Roland Desbordes les relevés du compteur Geiger d'un Toulousain, qui a enregistré une augmentation de la radioactivité mercredi matin. "C'est une fluctuation normale", rassure-t-il.

"Nous sommes sereins mais restons vigilants, notamment par rapport aux pluies qui doivent arriver en fin de semaine et pourraient entraîner des dépôts de radioactivité, mais faibles", explique ce physicien à la barbe blanche, écologiste fervent à la tête de la Criirad depuis 1997.

Cette association créée après l'accident de Tchernobyl en 1986 dans une région touchée par son nuage dispose de six balises de mesures dans le bassin du Rhône (à Péage-de-Roussillon, Romans, Valence, Montélimar et deux à Avignon dont une aquatique), non loin des centrales de Saint-Alban, de Cruas ou encore du Tricastin.

En temps réel, en cas de radiations élevées, elles déclenchent deux portables de permanence. Et régulièrement, un des 15 salariés de la Criirad va prélever leurs filtres à poussière et cartouches piégeant les gaz, pour les analyser à son laboratoire, dans un bâtiment industriel de Valence.

En "salle de comptage", Bruno Chareyron, son directeur en blouse blanche, dispose un échantillon de Romans sur le détecteur de spectrométrie gamma et lit sur un écran quelles substances radioactives, naturelles ou artificielles, il contient.

"Pour l'instant rien d'anormal", lâche-t-il, visiblement éprouvé par le travail intense de la dernière semaine. Les analyses vont être multipliées dans les prochains jours, pour détecter notamment l'iode 131 et le césium 137 pouvant provenir de la centrale de Fukushima.

"Un jour ou l'autre c'est sûr on va la trouver cette radioactivité, vu les quantités rejetées", estime M. Desbordes, qui n'est guère inquiet quant à son niveau mais milite pour "une information objective et scientifique".

"Comme beaucoup de gens, nous nous méfions de l'information officielle depuis les précédents de Tchernobyl ou du Tricastin en 2008 lorsque l'eau du robinet s'est révélée être contaminée à l'uranium", affirme-t-il.

La Criirad transmet à ses quelque 5.000 adhérents et met en ligne sur son site internet les résultats de chacune de ses balises.

L'association est financée à hauteur de 40% par ses adhérents et près de 60% par des clients (particuliers, entreprises privées telles des décharges ou encore des associations, l'Union européenne...) qui lui commandent des études. 3% maximum de son budget provient de subventions des collectivités locales.

Unique en son genre, la Criirad est critique vis-à-vis de la communication de l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), un établissement public mais "à vocation industrielle et commerciale, qui travaille aussi pour EDF ou Areva", relève M. Desbordes.

"Peu des données recueillies par l'IRSN, et les Etats en général, sont diffusées", juge Julien Syren, jeune ingénieur géologue qui rassemble un maximum d'informations sur la trajectoire du nuage, son impact sur l'Amérique du Nord et surtout sur l'évolution des fuites radioactives au Japon.