L'eau de l'Himalaya est à la source de tensions en Asie

JOURNEE DE L'EAU Une des plus grandes réserves d'eau au monde est menacée par le changement climatique et les tensions géopolitiques...

Audrey Chauvet

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Les montagnes de l'Himalaya, au Népal.
Les montagnes de l'Himalaya, au Népal. — Charles Schafer/SIPA

Plus de dix fleuves, parmi lesquels le Gange, l’Indus et le Yangtze y prennent leur source. La région Hindu Kush-Himalaya, au cœur de la plus grande chaîne de montagnes du monde, fournit de l’eau à un humain sur cinq. Ce «troisième pôle» est cependant menacé par le changement climatique et par une mauvaise gestion des ressources en eau due aux tensions politiques entre les huit pays qui se partagent cet espace précieux (Afghanistan, Bangladesh, Bhoutan, Chine, Inde, Birmanie, Népal et Pakistan).

Déjà, au Tibet, des villages entiers ont dû se déplacer ou réduire leur activité agricole à la suite de la disparition des glaciers qui les alimentaient en eau. D’autres zones sont sous la menace d’inondations dues à la fonte des glaces. Parallèlement, en aval de nombreux fleuves, l’eau manque: le niveau du Mékong, dont dépendent 60 millions de personnes, a été historiquement bas en 2010, privant les populations d’eau pour l’irrigation ou la consommation. Les facteurs naturels sont aggravés par l’accaparement des ressources: les barrages chinois sur le Mékong ont ainsi été accusés d’assécher les régions aval (Cambodge, Laos, Thaïlande et Vietnam).

Des glaciers artificiels dans le nord de l’Inde

Pour mettre en place des programmes de préservation de la ressource, les associations France Tibet, Info-Birmanie et le Geres (Groupe énergies renouvelables, environnement et solidarités) ont interpellé le gouvernement français à travers un plaidoyer. Elles demandent la mise en place de programmes d’appui aux populations locales ainsi qu’une gestion mondiale, sous l’égide des Nations unies, sur l’utilisation des cours d’eaux transnationaux.

Les associations souhaitent notamment développer les projets de création de glaciers artificiels, comme cela se pratique déjà au Ladakh, dans le nord de l’Inde. Des murs retiennent l’eau coulant des sommets dans des zones  ombragées, créant ainsi des réserves de glace. «Les précipitations ont été divisées par deux en 35 ans au Ladakh, commente Renaud Bettin, du Geres. Il faut agir sur l’eau mais également sur les pratiques agricoles et l’énergie, notamment avec l’utilisation de l’énergie solaire.»

Lors du prochain Forum mondial de l’Eau, qui aura lieu à Marseille en mars 2012, les associations espèrent que la France «portera à l’attention du monde la cause des populations de l’Himalaya» et sera moteur dans la ratification de la Convention des Nations unies sur l’utilisation des cours d’eau internationaux.