Japon: la centrale de Fukushima ne sera plus utilisée, 20.000 morts et disparus

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La centrale nucléaire japonaise de Fukushima 1 ne sera plus utilisée après l'enchaînement d'accidents survenus dans ses réacteurs à la suite du séisme et du tsunami du 11 mars, a déclaré dimanche le porte-parole du gouvernement.

"En considérant avec objectivité la situation de la centrale, je pense qu'il semble évident que la centrale de Fukushima Daiichi (numéro 1) n'est pas en état de fonctionner de nouveau", a déclaré Yukio Edano lors d'une conférence de presse.

Située sur la côte à environ 250 km au nord-est de Tokyo, Fukushima 1 est une centrale âgée puisqu'elle a été construite dans les années 1970. Elle est équipée de six réacteurs à eau bouillante (BWR), qui ont été fortement endommagés par le séisme de magnitude 9, le plus puissant jamais enregistré au Japon, suivi d'un tsunami très puissant.

De nouvelles difficultés ont surgi dimanche dans les efforts pour refroidir les réacteurs de la centrale de Fukushima et les Japonais, de plus en plus inquiets devant la contamination de l'environnement, redoutent l'arrivée de pluies radioactives.

Deux survivants ont été retrouvés au Japon dans la ville dévastée d'Ishinomaki, neuf jours après le séisme et le tsunami qui ont ravagé le nord-est du pays, a annoncé dimanche la police.

Le bilan du séisme et du tsunami qui ont dévasté le nord-est du Japon le 11 mars, a dépassé dimanche les 20.000 morts et disparus, dont 8.133 décès confirmés par la police. "Nous aurons besoin d'endroits pour garder plus de 15.000 corps", a déclaré le chef de la police de la préfecture de Miyagi, l'une des plus touchées par la catastrophe.

A la centrale de Fukushima, les autorités faisaient face à un dilemme: pour rétablir l'électricité et remettre en route les systèmes de refroidissement, il faut interrompre l'arrosage des réacteurs 3 et 4, qui posent le plus de problèmes, au risque de voir leur température augmenter.

"La pression à l'intérieur de l'enceinte de confinement du réacteur 3 augmente", a déclaré en milieu de journée un responsable de l'agence de sûreté nucléaire, ajoutant que l'opérateur devrait probablement ouvrir des valves pour relâcher la pression. "Cela signifie que des substances radioactives vont s'échapper à l'extérieur". Devant ces obstacles, l'opérateur Tokyo Electric Power (Tepco) a averti qu'il ne serait peut-être pas en mesure de rétablir l'alimentation électrique de la centrale dimanche, après avoir déjà échoué samedi.

L'agence de sûreté nucléaire gardait de son côté espoir d'y parvenir en fin de journée.

"L'électricité n'a pas encore été rétablie car il faut faire plusieurs vérifications, des zones baignant dans l'eau de mer", sans provoquer de court-circuit, avait expliqué samedi un porte-parole de l'opérateur Tokyo Electric Power (Tepco), Fumiaki Hayakawa.

Le rétablissement de l'électricité est essentiel pour relancer les pompes qui fournissent de l'eau au système de refroidissement des réacteurs. Les autorités ont intensifié depuis samedi le refroidissement des réacteurs à l'aide de camions citernes équipés de canons à eau, qui ont déversé en 13 heures un peu plus de 2.000 tonnes d'eau de mer sur le réacteur 3.

Une opération similaire, contrôlée comme la première à distance afin d'éviter l'exposition de personnes aux niveaux élevés de radiations, a été réalisée sur le réacteur 4 dimanche matin.

Sept secouristes de Fukushima ont été exposés à des niveaux de radiations supérieurs à 100 millisieverts, le seuil à partir duquel augmente le risque de développer un cancer plus tard. Ils continuent toutefois de travailler à la centrale, a précisé Tepco, la limite annuelle admissible ayant été relevée de 50 à 250 millisieverts après l'accident.

A l'extérieur de la zone d'exclusion de 20 km autour de la centrale, des taux de radioactivité anormaux ont été relevés dans du lait et des épinards, tandis que de la région de Tokyo et dans la préfecture d'Ibaraki, plus au nord, des traces d'éléments radioactifs ont été décelés dans l'eau du robinet.

Les autorités ont multiplié les déclarations rassurantes alors que les Japonais accordent une attention extrême à la qualité de leur alimentation et à l'hygiène en général. Pour l'eau, les doses d'iode radioactif (iode 131) et de césium 137 retrouvées sont nettement inférieures au seuil légal, a souligné le ministère des Sciences, tandis que le gouvernement a demandé à la population de garder son calme.

Dimanche, avec l'arrivée d'un temps pluvieux sur la partie nord du pays, de nombreux Japonais craignaient des retombées radioactives.

"Un certain nombre de gens" à Tokyo et dans le nord du Japon ont appelé les autorités pour demander si les précipitations prévues en fin de journée sur la région de Tokyo, notamment, pouvaient être contaminées. "Les niveaux actuels ne présentent au risque pour la santé", a affirmé le chef de cabinet adjoint du Premier ministre, Tetsuro Fukuyama, à la chaîne de télévision publique NHK.

Les autorités nippones affirment pour l'heure que les niveaux de radiation relevés ne sont pas dangereux au-delà d'une zone de 30 km autour de la centrale. Dans le nord-est, la situation humanitaire demeure précaire pour les quelque 400.000 sinistrés du séisme et du tsunami, confrontés aux risques sanitaires ainsi qu'aux pénuries d'eau courante et d'électricité dans certains centres d'hébergement.

"Le gouvernement nous a jusqu'ici demandé de construire au moins 30.000 maisons préfabriquées", a indiqué un porte-parole de l'entreprise Daiwa House, Takafumi Nakao. Il est "difficile d'accélérer la construction, car les zones affectées sont assez vastes".

Selon l'ONG Save the Children, quelque 100.000 enfants ont été déplacés par ce qui est désormais la pire catastrophe naturelle ayant frappé l'archipel depuis le séisme de la région de Tokyo en 1923. "Nous avons trouvé des enfants dans des conditions désespérées, blottis autour de lampes à pétrole ou enveloppés dans des couvertures", a raconté le porte-parole de Save the Chidren, Ian Woolverton, qui a visité plusieurs abris.

"Ils m'ont parlé de leurs angoisses, en particulier leur peur des radiations", a-t-il ajouté, précisant que plusieurs d'entre eux avaient évoqué les bombardements de Hiroshima et Nagasaki, dont ils ont appris l'histoire à l'école.