Fukushima ou pas, la Chine va grandement développer son parc nucléaire

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La crise nucléaire au Japon, dont la Chine a assuré qu'elle allait "tirer les leçons", n'a toutefois pas entamé la détermination de ce pays assoiffé d'énergie à mener tambour battant son programme de construction de centrales.

Premier consommateur d'énergie au monde, la Chine, qui dépend à plus de 70% de la combustion du charbon, compte environ 40% des centrales nucléaires en chantier sur la planète.

Elle possède actuellement 13 réacteurs nucléaires en fonctionnement, tous situés sur son rivage maritime, donc exposés à un éventuel tsunami. Le territoire est chroniquement ébranlé par des tremblements de terre meurtriers.

Pékin a ordonné mercredi une inspection générale de la sécurité de ses centrales nucléaires et a suspendu toute approbation de projet de nouvelle centrale nucléaire, après les rejets radioactifs de la centrale japonaise de Fukushima.

Les mesures prévoient "une inspection immédiate et complète de la sécurité des infrastructures nucléaires en Chine", un "renforcement de l'encadrement chargé de la sécurité", une "suspension temporaire d'approbation des projets nucléaires" et "un examen exhaustif des centrales nucléaires en construction".

Mais, au contraire d'autres pays, le gouvernement n'a pas annoncé d'arrêt d'exploitation, ni de report des travaux en cours, ni de réflexion sur l'opportunité de multiplier - comme cela est prévu - le nombre des centrales.

Pourtant, explique à l'AFP Mark Hibbs, un expert de la Fondation Carnegie, "il y a eu un débat entre les agences (gouvernementales) en Chine sur la vitesse à adopter pour développer l'énergie nucléaire (civile)".

"Plus le programme chinois se développe vite, plus il va être difficile pour les autorités chinoises de s'assurer que les normes de sécurité sont respectées", dit-il.

Pékin, qui cherche à réduire sa dépendance vis-à-vis du charbon et qui doit répondre aux besoins énergétiques d'une croissance économique à 10%, projette de construire 50 centrales, dont 26 sont déjà en chantier et huit autres ont été formellement approuvées.

L'objectif a été doublé pour la 2e économie mondiale qui souhaite désormais disposer d'une capacité de 70 à 80 gigawatts d'ici à 2020, selon de récents rapports de presse, contre 40 gigawatts précédemment.

Samedi, le vice-ministre de la protection de l'environnement, Zhang Lijun, a promis que des "leçons" seraient tirées de la crise nucléaire au Japon. "Mais la Chine ne modifiera pas sa détermination et ses projets de développement de l'énergie nucléaire", a-t-il ajouté.

Les programmes nucléaires civils chinois souffrent, selon Mark Hibbs, d'un manque de transparence, les services chargés de la sécurité ayant de surcroît embauché des centaines d'agents de contrôle jeunes et inexpérimentés.

Ces derniers doivent surveiller l'utilisation correcte de technologies diverses, achetées à la France, la Russie, le Canada ou les Etats-Unis.

Des experts étrangers, selon M. Hibbs, se sont déjà inquiétés de l'utilisation de matériels contrefaits - et donc potentiellement défectueux - dans les infrastructures nucléaires chinoises.

La corruption est une autre source d'inquiétude. Le numéro un du nucléaire chinois, Kang Rixin, avait été officiellement limogé en août 2009, accusé d'avoir détourné des fonds publics et reçu des pots-de-vin pour un montant total de plus de 180 millions d'euros.

Chen Hao, directeur de l'Institut d'énergie nucléaire du Sichuan, province frappée en 2008 par un séisme qui avait fait des dizaines de milliers de morts, estime que la Chine devrait "davantage et mieux évaluer les impacts des catastrophes naturelles".

"En ce qui concerne la vitesse de développement par la Chine de son énergie nucléaire, je pense que nous devons être davantage prudents", a-t-il déclaré à l'AFP.