Une semaine pour apprendre à se passer des pesticides

ENVIRONNEMENT Du 20 au 30 mars, les associations et les villes se mobilisent pour éradiquer les pesticides des jardins et des champs...

Audrey Chauvet

— 

Un jardin partagé à Paris. 
Un jardin partagé à Paris.  — 20/POUZET/WPA/SIPA

«Comme les pesticides qui s’accumulent dans l’environnement, les actions qui en prouvent les dangers et donnent des alternatives s’accumulent dans la société». Dominique Marion, président de la Fnab (Fédération nationale d’agriculture biologique), espère que cette sixième Semaine pour les alternatives aux pesticides sera une pierre de plus dans le jardin des produits chimiques utilisés massivement dans l’agriculture française.

Du 20 au 30 mars, plus de 700 actions dans quatorze pays auront lieu pour démontrer que l’on peut se passer des pesticides: ateliers de jardinage amateur, visites d’espaces verts gérés naturellement, projections de films ou expositions ponctueront ces dix jours.

Champ «propre», champ «sale»: des termes à repenser

Malgré le plan Ecophtyo, lancé après le Grenelle de l’environnement, qui prévoit de réduire de 50% l’utilisation des pesticides d’ici à 2018, la France en reste le premier consommateur en Europe. L’agriculture bio représente à peine 3% des surfaces agricoles françaises. Dans ce contexte, ce sont les villes qui partent en éclaireuses: à Paris, la consommation de pesticides a chuté de 90% depuis 2001 et tous les espaces verts sont entretenus avec des méthodes alternatives aux produits chimiques comme le désherbage mécanique, les interactions entre les plantes ou les engrais naturels.

Presque tous les espaces verts : les cimetières restent des exceptions, même s’ils représentent des réserves de biodiversité primordiales au cœur des villes. «Culturellement, on n’accepte pas les herbes folles dans les cimetières», explique Fabienne Giboudeaux, adjointe au maire de Paris en charge des espaces verts. «Si des cimetières ou des champs «sales», ce sont des espaces naturels, alors il faut revoir notre sémantique»,  rebondit Dominique Marion, convaincu que «ce qui est possible à Paris est possible ailleurs».

Les victimes veulent se faire entendre

La Semaine sans pesticides a surtout pour but d’éveiller les consciences: «Il y a six ans, on parlait de réduire les risques liés aux pesticides, maintenant on parle d’en réduire l’utilisation», nuance François Veillerette, porte-parole de l’association Générations futures qui coordonne la Semaine.

 65.000 tonnes de pesticides sont épandues chaque année dans les champs français, et ces produits se retrouvent dans les sols, les rivières, pour finir dans nos assiettes et nos organismes comme le prouvent de récentes études menées par l’Institut national de veille sanitaire (INVS). Même si les preuves scientifiques manquent encore sur les liens entre ces substances et certaines maladies, au premier rang desquelles les cancers, de plus en plus d’agriculteurs commencent à «briser l’omerta» autour des pesticides. «Les victimes commencent à être reconnues par la justice et par l’opinion», reconnaît François Veillerette. A l’image de Gilbert Vende, agriculteur atteint de la maladie de Parkinson depuis dix ans: «J’ai été malade après des inhalations de gaucho et ça a été reconnu maladie professionnelle en 2007», explique-t-il.